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L’Institut de Cancérologie de la Loire Lucien Neuwirth est né d’une volonté commune. La volonté de rassembler en un seul point les compétences, les énergies, les talents autour des soins, de la recherche et de la prévention pour l’ensemble du département de la Loire et pour une cause : la lutte contre le cancer. Cette volonté, originale, innovante, puissante, qui aura réussi à transcender les différences de statut, de philosophie et parfois d’intérêts financiers, a montré, aujourd’hui, toutes ses qualités, ses vertus, et son efficacité pour continuer, ensemble, la lutte contre ce fléau.

Bien sûr, il aura fallu convaincre, s’adapter, faire des concessions, gérer les craintes du changement. Bien sûr, il aura fallu adapter cette volonté à nos possibilités réglementaires et administratives. Mais cela est derrière nous maintenant. Quant à l’avenir, nous devrons encore innover, encore nous adapter, dépasser nos organisations pour continuer à répondre aux besoins, continuer à participer au maintien en bonne santé de nos populations ligériennes... Aujourd’hui, l’ICLN est la réponse de demain !

 

Une rencontre à Saint-Étienne

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Entretien avec

Éric-Alban Giroux,

directeur de l’ICLN

 

L’Institut de Cancérologie de la Loire, un hôpital atypique où le personnel n’est pas le premier poste financier

DH MAGAZINE – Vous venez de prendre la direction de l’Institut de Cancérologie de la Loire, quelle est votre première impression ?

ÉRIC-ALBAN GIROUX − Celle d’être impressionné. Impressionné par le côté atypique de cette belle maison.

Oui, tous les établissements sont atypiques...

Vous avez raison, tous nos établissements sont particuliers avec des identités très fortes malgré un code génétique à 95% identique. Mais, pour le coup, cet établissement est dépourvu d’un bon nombre de chromosomes hospitaliers et a hypertrophié les rares qu’il possède. C’est, sur certains points, une structure « bio-hasard » ou « le chaînon manquant »...

Alors allons-y pour le chaînon manquant...

L’Institut de Cancérologie Lucien Neuwirth est atypique car c’est, à ma connaissance, le seul établissement PUBLIC de santé en France centré uniquement sur la lutte contre le cancer. En général, ces types d’établissements sont des CLCC et sont affiliés à UNICANCER.

L’ICLN est atypique par son mode de constitution : il a été créé, en 2003, conjointement par la Mutualité de la Loire et le CHU de Saint-Étienne qui ont souhaité regrouper leurs activités de cancérologie, hématologie et radiothérapie. Au moment de l’évolution statutaire de l’établissement, l’Université Jean Monnet de St-Étienne a rejoint les deux fondateurs historiques, confirmant les missions hospitalo-universitaires de l’ICLN.

Enfin, l’ICLN est atypique par l’étendue de sa zone d’attractivité équivalente au CHU et couvrant le sud Loire et le nord Haute Loire, soit un bassin de population de 650 000 personnes pour cette toute petite structure de 60 M€ seulement.

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Quelles sont ses activités ?

Elles sont toujours atypique (rires). Elles le sont par le nombre de ses activités en « monopole » sur son territoire de santé. Monopole avec son pôle universitaire de radiothérapie (traditionnelle, métabolique, et curiethérapie), son pôle universitaire d’hématologie, son pôle universitaire de santé publique et son centre de reconstitution des cytostatiques.

D’autres atypies encore plus « rock n’roll » à nous trouver ?

Certainement (sourire). L’ICLN est atypique par son absence totale de chirurgie (réalisée dans tous les autres établissements ligériens publics, ESPIC1 et privés), la sous-traitance totale de sa biologie, son énorme pôle de recherche, sa délégation forte en matière de logistique hôtelière et générale (très fort partenariat avec son grand voisin le CHU), sa PUI2 partielle centrée sur la reconstitution des cytostatiques pour l’ensemble du territoire.

Est-ce bien tout cette fois ?

Oui, sauf à remarquer, incidemment, son surendettement avec une dette constituée à 95% d’emprunts dits « toxiques » ou hors charte Gissler, obtenus « grâce » aux bons conseils de deux banques dont je ne citerai que les initiales D et CE. Parfois, moi aussi je rêve d’une banque...

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Bref, un établissement anormal ?

Cette fois, c’est peut-être un peu excessif. L’ICLN a aussi des aspects « traditionnels » : des personnalités médicales fortes, des syndicats présents et force propositions (propositions de tracts aussi), des gros soucis financiers (la santé, « ça eu payé ») et l’assurance de mes « recruteurs » que j’allais vivre une aventure passionnante (hard à tendance Scientifique et Médicale) avec la possibilité de mettre des fessées au cancer à volonté.

Le patchwork est assez étonnant ?

Initialement (janvier 2003), l’établissement était un Syndicat InterHospitalier (SIH) bénéficiant d’une autorisation de soins (encore une originalité) dénommé « Institut de Cancérologie de la Loire ». Au 1er janvier 2012, conformément aux dispositions de la loi HPST, il se transforme en Groupement de Coopération Sanitaire érigé en Établissement de Santé (GCS-ES) sous le nom de l’Institut de Cancérologie de la Loire Lucien Neuwirth (ICLN).

Comment s’est structuré ce GCS-ES ?

L’ICLN s’organise autour d’une gouvernance originale qui permet d’associer les institutions fondatrices à son fonctionnement tout en respectant les règles applicables aux hôpitaux publics. Par exemple, les deux directeurs du CHU et de la clinique Mutualiste sont membres du Directoire comme le doyen de la faculté de médecine de Saint-Étienne. Les trois présidents de l’université, du CHU et de la Clinique Mutualiste sont membres ou représentés au Conseil de Surveillance.

Le regroupement des activités de l’ICLN dans son bâti- ment actuel s’est effectué entre octobre 2004 et juin 2005 avec pour missions : Prévenir, Dépister, Com- prendre, Soigner, Accompagner, Découvrir, Enseigner. Derrière ces sept mots se cachent des organisations hospitalières pour la plupart traditionnelles quant elles sont prises isolément mais qui deviennent une véritable innovation et une force dans ce type de regroupement.

Cette structure est la seule en France. Sera-t-elle appelée à se développer ou l’ICLN en restera-t-il le précurseur ?

Le trésorier a refusé de valider ma commande de boules de cristal pour le bureau de «ma» DRH, «mon» DAF ainsi que le mien. Par ailleurs, les expérimentations et remous permanents infligés à nos organisations (sans étude préalable, sans expérimentation « animale ») ne me permettront pas de vous répondre sans risquer de rompre mon devoir de réserve.

Le journaliste que je suis refusera (sauf sous la torture) de dévoiler ses sources, et donc cette conversation restera entre nous et les lecteurs. Alors, l’ICLN est-il une bonne idée à développer ?

Oh que oui, n’en doutez pas un instant ! En s’évitant la mise en place des activités de chirurgies au sein de l’ICLN (les fondateurs de l’ICLN ont en effet conservé leurs autorisations en la matière), l’établissement s’est épargné les inévitables guerres de tranchées et « mercato » (AS Saint-Étienne oblige) médicaux que les autres établissements du territoire se livrent du fait même de la T2A.

En regroupant les activités de radiothérapie en un seul site, ce sont cinq accélérateurs qui concentrent en ce lieu l’ensemble des activités de radiothérapie du territoire et forment une arme de guerre contre le cancer d’une efficacité redoutable.

En industrialisant la production de chimiothérapie à l’ICLN, l’ensemble du territoire a ainsi réalisé de substantielles économies tout en augmentant la qualité de réalisation des produits et l’expertise pharmaceutique.

En se situant, au centre du dispositif, l’action du médecin oncologue ou hématologue, c’est la prise en charge holistique du patient qui gagne en dépassant les spécialités d’organe ou chirurgicale.

En positionnant un très important département de recherche et d’innovation au côté des départements cliniques, c’est l’assurance pour les patients de pouvoirs bénéficier des nouveaux protocoles thérapeutiques nationaux et internationaux. C’est aussi l’assurance de pouvoir attirer de jeunes médecins qui permet, encore aujourd’hui, de ne pas trop souffrir de pénurie médicale sur nos différentes activités.
En mettant en place une structure transversale (non directement rémunératrice) DISSPO (Département Interdisciplinaire de Soins de Supports pour le Patient en Oncologie) dans lequel interviennent, outre des médecins bien sûr, des psychologues, kinésithérapeutes, diététiciennes, assistantes sociales (etc...), l’ICLN a intégré très vite la nécessité de veille tout au long du parcours du patient et de coordination de son parcours en cancérologie.

Le plaidoyer est impressionnant...

Nous le pensons aussi (rires) ! En réalisant cette structure de petite taille (60 M€ de produits pour 400 professionnels « seulement » dont 50 médecins PUPH, MCUPH, PH...) l’ICLN a parié et gagné sur les capacités de l’établissement à bouger, réagir, s’adapter, changer de cap et de braquet, innover et aller de l’avant. Après 10 ans d’activité, l’ICLN est identifié par la population comme l’acteur principal de la prise en charge du cancer dans la Loire. Comme le pensait mon premier Patron Danièle Lacroix : « Tout le reste n’est que littérature ».

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On ne peut pas parler avec un EPS aujourd’hui sans lui demander où il en est de son « virage ambulatoire » ?

L’établissement a fait son virage ambulatoire dès sa constitution... il y a donc 10 ans. Il a parié sur une bonne capacité d’accueil en hospitalisation de jour (25 places initiales que nous sommes en train de doubler), mais surtout sur son efficience « à la place » (nous accueillons chaque jour 2,5 à 3 patients par place) et sur son activité de consultations très forte par praticien (30% supérieure à la médiane des établissements publics de santé). L’ancien financier que je suis n’aime pas nécessairement les consultations, mais elles sont le pendant d’un très bon turnover en HDJ et donc... On ne peut pas gagner sur tous les tableaux.

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Alors ... Heureux ?

Bien sûr mon ami, le directeur que je suis est particulièrement satisfait de se conformer au souhait ministériel, donc sociétal, de virage ambulatoire. Mais, le vieillissement annoncé de la population et le fait que, depuis sa création, l’ICLN refuse tous les jours des patients nécessitant une hospitalisation complète faute de lits, me font penser que, après notre virage ambulatoire, il faudra penser à en refaire un nouveau, cette fois en hospitalisation complète.

Aujourd’hui, il nous est difficile d’assurer convenablement nos obligations en matière de gestion des patients nécessitant une hospitalisation, faute d’une organisation architecturale pensée dès sa construction. J’espère, probablement avec quelque naïveté, que les collègues plus favorisés en matière d’hospitalisation complète, ne succomberont pas tous aux chants des sirènes (le chant des sirènes n’est-il pas plus joli que les directives ministérielles ? Notre réveil collectif risquerait d’être assez stressant.

Mais, comment vivre sans chirurgie ?

Vous vous inquiétez bien à tort. Le traitement d’un cancer ne se réduit pas, loin s’en faut, à la chirurgie. Pour nous, c’est un avantage de ne pas avoir de chirurgie et donc de pouvoir se positionner comme experts dans la prise en charge globale du cancer. L’acte chirurgical est toujours concentré dans le temps à un court moment de la maladie. Mais avant et après, c’est la compétence médicale qui permet au patient d’être stabilisé, « chronicisé » dans sa maladie, voire guéri, ou dignement accompagné vers sa fin...

Et, pourtant, certains optimistes pensent que, bientôt, l’homme va devenir immortel...

J’espère bien que l’humanité sera préservée de ma propre éternité... Mais il est vrai que l’innovation court à vitesse grand V en matière médicale. La thérapie génique est là, les anticorps monoclonaux et les vecteurs viraux désactivés en matière de chimiothérapie ciblée arrivent. L’indispensable chirurgie coupe et enlève de mieux en mieux, avec des abords de plus en plus minimalistes, avec des traces de plus en plus microscopiques, avec des résultats de plus en plus esthétiques. La médecine traite : le moyen et le long terme, avant et après chirurgie, avant et après radiothérapie. Ainsi, L’ICLN assure plus de 60% des séances de chimiothérapie sur son grand territoire de santé. Voilà pour l’oncologie médicale.

Tout ne se réduit pas à la médecine, du moins y a-t-il d’autres spécialités...

Oui. En l’occurrence, l’hématologie dont la « chirurgie » est intégrée dans l’acte médical. Ce sont les greffes de moelle, les aphérèses dont les cytaphérèses , les prélèvements de moelle osseuse et leurs réutilisations par injection de ces différents types de greffons sur le patient. Tout ceci est réalisé en médecine et pas en chirurgie, au sein du service d’hématologie de l’ICLN. L’ICLN est le seul hôpital du bassin ligérien disposant de chambres stériles d’hématologie. Il assure des prises en charge médicales lourdes, en particulier dans le domaine de la greffe de moelle. L’ICLN fait ainsi partie des 33 établissements (29 CHU, 3 CLCC, et lui-même) qui réalisent des allogreffes de moelle.

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Et le département de radiothérapie ?

Le département de radiothérapie comporte la radiothérapie externe, la radiothérapie métabolique et la curiethérapie. La première compte cinq accélérateurs dont un « true beam3 » de dernière génération. La seconde compte deux chambres plombées ; cette technique repose sur l'administration d'un radiopharmaceutique marqué par un radioélément pour traiter certaines pathologies. Enfin, ne l’oublions pas, la curiethérapie à haut débit de dose avec

projecteur dédié. En effet, la curiethérapie implique le positionnement précis des sources de rayonnements directement sur le site de la tumeur cancéreuse. Ces différentes techniques sont, à leur manière, des formes de « chirurgie nucléaire » sans incision de peau. Avec près de 40 000 séances de radiothérapie externe chaque année, l’ICLN se positionne parmi les 10 structures françaises les plus productives.

Il ne vous manque que l’obstétrique...

Oui, bien sûr... Quoique, quand on y réfléchi... (rires) Le département de santé publique et le gros pôle de recherche clinique sont porteurs d’innovation et donnent naissance à bon nombre d’avancées et d’essais promoteurs dans le secteur de la cancérologie. En quelque sorte, sur ce thème particulier du cancer, la politique sanitaire menée par le planificateur ligérien aura conduit à un résultat très efficace.

Avec une telle activité de chimiothérapie, le rôle de la pharmacie doit être essentiel ?

Oui, d’autant que la pharmacie de l’ICLN possède une unité de reconstitution qui réalise la préparation des chimiothérapies non seulement pour ses patients mais aussi pour ceux du CHU de Saint-Étienne ainsi que pour la plupart des établissements de la région, publics comme privés. Notre PUI4 est donc constitué, à 99% en montant, de molécules onéreuse pour un coût annuel de 22 M€ ; c’est notre premier poste de dépenses. Pour une fois, ce ne sont pas les personnels qui « coûtent » le plus cher mais bien le produit à manufacturer. Saint- Étienne oblige ! (rires) Avec près de 45 000 poches de chimiothérapies réalisées par an, l’ICLN assure sur ce secteur une activité du même ordre que les HCL.

Vous avez évoqué la prévention. Concrètement, comment se traduit l’implication de l’établisse- ment dans ce domaine ?

Tant en matière de prévention que d’éducation thérapeutique, l'ICLN s’est affirmé comme une référence régionale et nationale au travers de son pôle de santé publique qui héberge la plateforme régionale Hygée et développe des programmes reconnus de soins de support et d’éducation thérapeutique. Son Centre Hygée travaille en étroite collaboration avec le CLARA (Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes) et a tissé des partenariats avec Saint-Etienne Métropole ainsi que les écoles, les entreprises, les associations.

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L’acronyme « HYGÉE » m’est resté incompréhen- sible...?
Parce qu’il ne s’agit pas d’un acronyme. Hygée était, dans la mythologie grecque, la fille d’Aesclapios (Esculape en latin), dieu de la médecine. Par opposition à sa sœur Panacée, déesse de la médecine curative, Hygée symbolisait la bonne santé et la propreté, l’hygiène et par extension la prévention.

Merci de me faire passer pour un ignare...

Mais non, mais non. Il y a longtemps qu’il n’y a plus de Pic de la Mirandole... (rires)

Passons... Plate-forme pétrolière, je vois... Mais, « plateforme de santé publique », comme l’aurait dit Coluche, « j’vois pas »...

Le but de cette plateforme est de développer des programmes de prévention primaire (action sur les facteurs de risques), secondaire (dépistage) et tertiaire (éducation thérapeutique) pas seulement pour l’ICLN mais pour l’ensemble de la grande région Auvergne Rhône Alpes (AURA). Puis de coordonner la recherche en prévention sur le territoire grâce à des partenariats avec d’autres équipes de recherche. On peut aussi remplacer plateforme par pépinière de recherche et d’innovation comme il existe des pépinières d’entreprises dans nos villes.

« Développer la recherche en prévention... », c’est du Pierre Dac ? ? ?

Non, ni du Francis Blanche ! Il s’agit effectivement de programmes de recherche basés sur les mêmes méthodologies que la recherche clinique. Mais dans ce cas, l’essai ne porte pas sur un médicament, mais sur des techniques de prévention. Par exemple, des outils de prévention, comme le parcours exposition du Centre Hygée, sont élaborés et évalués dans le but d’être à terme diffusés et généralisés.

Et son rôle de CLARA est « d’organiser et développer... ». Mais, le rôle d’une entreprise, quelle qu’elle soit, c’est de s’organiser ! On enfonce des portes ouvertes, non ?

Le CLARA1 est une structure indépendante de l’ICLN, un réseau dont le but n’est pas de s’organiser soi-même, mais d’organiser la lutte contre le cancer et en particulier la recherche sur différents thèmes dans la région AURA. Il a pour rôle de mettre en relation des structures de soins, de recherche, mais aussi des entreprises. L’ICLN participe aux programmes du Cancéropôle CLARA : axes « ciblage thérapeutique, recherche clinique et modélisation » ou encore « épidémiologie, sciences humaines et sociales, éducation et organisation des soins ».

Pouvez-vous nous parler de l’avenir de l’ICLN ?

Que doit devenir cet établissement public de santé à mission hospitalo-universitaire, le seul institut spécialisé en cancérologie de notre département ? Que devons-nous aux patients, à leurs familles et plus généralement aux populations ligériennes ? Nous leur devons : organisation efficace et efficiente, compétence, empathie, sécurité, refuge, force et confiance, protection, innovation technologique et thérapeutique, maîtrise et coordination de leur processus de soin de l’annonce à la rémission, éducation et prévention. Pour ce faire, nous travaillons collectivement sur 4 axes principaux : le soin, la recherche, la formation et la prévention. Oui, je sais que ce sont des évidences pour tous les hospitaliers ! Mais comme toujours, et parfois, il est bon de se souvenirs des bases de notre métier. Dans cette époque hyperactive, hyper-connectée, hyper- médiatique et trop souvent UBER-informé, dire la vérité et réafficher les fondamentaux sont devenus des actes quasi révolutionnaires.

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Alors, commençons par le commencement, par- lez-nous du premier axe ?

Le 1er axe sera de continuer à centrer nos préoccupations sur les soins et le patient. C’est la force de cet institut depuis sa création. C’est la force de toutes les structures de soins qui préfèrent s’occuper en priorité de leurs activités sanitaires avant de s’adapter – l’impossible n’est pas français – aux nombreux textes officiels qui nous submergent ! Face au vieillissement annoncé des populations, je pense que le virage de l’hospitalisation continue sera inéluctable et devra privilégier l’hospitalisation polyvalente oncogériatrique.

De la même façon, il nous faudra regarder de près les avancées en matière pharmaceutiques comme de radiothérapie afin d’adapter notre outil de production, de traitement et de délivrance. Toujours axé sur le patient, la coordination de son parcours de santé est devenue une nécessité, tant de sécurisation, que d’efficacité et d’efficience. Ici, à l’ICLN, nous avons la capacité opérationnelle, de réaliser une plateforme centralisée de parcours du patient atteint de cancer. Il faut anticiper les difficultés sociales et sanitaires liées à sa maladie, participer à leur résolution, anticiper les modes de prise en charge, anticiper les rendez-vous donc raccourcir les délais, augmenter les chances de guérison et réduire les coûts.

La recherche est votre deuxième axe, en niveau de priorité aussi ?

Oui. Ce 2ème axe est fondamental pour l’avenir. Renforcer le pari de la recherche, c’est se donner les moyens de maintenir le niveau de compétence, de connaissance et d’excellence des professionnels soignants. Nous sommes déjà dotés d’une unité de recherche clinique en cancérologie et l’ICLN anime le module « Cancer » du Centre d’Investigation Clinique-Epidémiologie de Saint- Étienne. Nous pouvons encore avancer notamment en optimisant nos organisations. C’est la recherche qui nous assure de rester à la pointe de l’innovation thérapeutique pour nos patients. C’est elle qui attire la jeunesse et donc l’avenir de notre établissement.

La nécessité de la formation, 3ème axe, est une évidence pour tous mais encore faut-il en avoir les moyens...

En tout cas à l’ICLN, les demandes sont nombreuses et nous permettent de trier sur dossier les candidats. On sait tous que cette partie a été, par le passé, difficile à réaliser : manque de professionnels soignants, manque d’internes, manque de médecins et, souvent, la nécessité de se recentrer, de s’isoler, de penser à soi plus qu’au territoire. Les plus grands CHU « se la sont joués perso. » J’ai connu un DRH pour qui la limitation des internes permettait de réaliser des économies... Quand les contraintes sont trop fortes, tout le monde déraisonne. Économiser sur l’avenir c’est accepter de ne pas en avoir. À la différence des contraintes liées au mandat politique qui favorise bien trop souvent une vision de court terme, le directeur d’hôpital doit regarder de près pour voir loin, très loin et encore plus loin. Aujourd’hui, cet établissement fait donc le choix de parier sur les générations futures et ainsi notre département continuera à bénéficier d’une prise en charge de qualité en oncologie pour l’ensemble de sa population au plus près de son lieu de résidence.

Jusque là, tout est assez traditionnel. Mais la prévention en 4ème axe... On sait tous que cela res- semble à une tarte à la crème dans nos hôpitaux ?

Raison de plus ! Dans le modèle économique actuel, presque uniquement curatif, la prévention et l’éducation thérapeutique n’apparaissent pas spontanément dans les priorités du dirigeant. C’est un fait. Mais, nous savons tous que la prévention et l’éducation sont aujourd’hui une part prépondérante des solutions pour améliorer le « Vivre Mieux Longtemps ». Il n’est pas sujet d’échapper à la mort. Non, il est sujet de la rejoindre debout et en bonne santé le plus longtemps possible.

Et donc voilà, j’ai aussi des rêves qui rejoignent ceux de cette structure. Je crois en l’éducation. Je crois que l’apprentissage permet de savoir écrire et compter mais aussi de savoir se comporter en société, dire bonjour à la dame et manger cinq fruits et légumes par jour. Je crois qu’une certaine hygiène de vie permet de vivre mieux plus longtemps et que cela doit s’apprendre comme une poésie. Je crois enfin que, pour le patient en cours de traitement, l’éducation thérapeutique qui lui est donnée ici peut aussi lui permettre de mieux tolérer son traitement, mieux tolérer ses douleurs tant physiques que métaphysiques, mieux tolérer son regard dans le miroir du soir et son visage dans celui du matin.

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Enfin, comment ne pas parler de GHT et de coo- pération ?

Alors allons-y... Naturellement, ici, le GHT est centré sur notre CHU et couvre l’ensemble des établissements publics du département voire un peu plus. Mais au- delà de son contour physique et statutaire arrêté par le législateur, la problématique du cancer touche tout le monde. Notre structure a été construite sur des autorisations venant des secteurs public et mutualiste (ou ESPIC). Notre positionnement implique des coopérations élargies, y compris avec les acteurs du privé lucratif.

Vous vous rappelez que nous n’avons pas de chirurgie. Mais nous accueillons et nous traitons bon nombre de patients dont les tumeurs ont été opérées en secteur privé. Ils reviennent au sein d’une institution publique pour l’ensemble de leur traitement médical ou radio- thérapeutique. Cette complémentarité forte dépasse les statuts. C’est aujourd’hui une solution qui permet de parler de coopération bien au-delà du caractère encore très restrictif des GHT.

Qu’avez-vous encore à dire pour votre défense ?

Que je plaiderai coupable le plus longtemps possible, votre honneur. Coupable d’être confiant avec raison dans cet établissement et dans ses professionnels. Je suis en phase avec sa constitution et sa philosophie. C’est un institut à taille humaine permettant d’avoir la réactivité nécessaire à l’innovation. Il est un trait d’union entre les différents professionnels de son territoire et notamment entre ses trois fondateurs que sont l’Université, le CHU et la Mutualité. Il soutient ses voisins de la grande région AURA allant du CH de Roanne à celui du Puy en Velay, tant en oncologie médicale qu’en radiothérapie.

Il travaille activement avec la région qui a développé un dispositif de partage sécurisé des données des patients (SISRA) accessible à tous les porteurs de cartes de professionnel de santé. Eh oui, le DMP existe en région Auvergne Rhône Alpes. Il est enfin et surtout soutenu par la population et ses patients, ses villes, son département, sa région, sa tutelle sanitaire et bon nombre d’industriels partenaires et d’associations qui contribuent chaque jour, en y consacrant leur temps et leurs émotions, à améliorer nos prestations en les rendant plus humaines.

Un jour, vaincre le cancer !

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Entretien avec
Dr Jean Philippe Jacquin,

Président de la Commission

Médicale de l’Institut de

Cancérologie de la Loire

Lucien Neuwirth

 

L’Institut de Cancérologie de la Loire Lucien Neuwirth résulte du regroupement des activités de cancérologie du CHU de Saint-Étienne et de la Mutualité de la Loire dans le but de répondre aux besoins de la population, de constituer un pôle de référence et le pivot de l’organisation de l’offre de soins en cancérologie pour le bassin stéphanois. En 2015, Véronique Wallon, directrice de l’ARS, a réaffirmé sa place en nommant un nouveau directeur de plein exercice.

En dix ans, l’Institut de cancérologie de la Loire Lucien Neuwirth est effectivement devenu un acteur majeur de la prise en charge du cancer dans la Loire, offrant aux patients une prise en charge globale en dehors de la chirurgie : chimiothérapie anti-cancéreuse, radiothérapie de haute technicité, hématologie incluant des allogreffes médullaires, éducation thérapeutique par l’intermédiaire du Centre Hygée, et soins de support. Avec son personnel de 400 collaborateurs et son budget d’environ 60 millions d’euros, il prend en charge 5 500 patients par an, dont 2 500 nouveaux cas de cancer.

Par son positionnement original neutre et indépendant, cet établissement hospitalo-universitaire est parvenu à devenir l’interlocuteur de référence pour les acteurs de la cancérologie dans la Loire. Il garde bien sûr des liens privilégiés avec ses établissements fondateurs : le CHU de Saint-Étienne et la Mutualité de la Loire, mais, en accueillant et en gérant le Centre de Coordination en Cancérologie, il organise la concertation pluridisciplinaire et garantit des soins de qualité et l’accès à l’innovation à tous les patients, quel que soit le lieu de leur prise en charge initiale, qu’il s’agisse des cliniques privées ou des établissements publics.

Nous espérons, dans les années qui suivent, continuer à être à la hauteur de la mission qui nous a été confiée et conforter les collaborations locales, régionales, voire nationales, nécessaires pour offrir à tous les patients du bassin stéphanois un accès égal à des soins de qualité et aux importantes innovations thérapeutiques qui permettront un jour de vaincre le cancer.

 

Trouver des solutions opportunes !

Pour l’avocat, le contentieux, c’est la partie émergée de l’iceberg ; en réalité, le travail se fait bien plus avant, dans la « vrai vie » : le conseil !

Entretien avec Me Baptiste Bonnet, Agrégé de droit public, Avocat associé, Cabinet BLT Droit Public

DH MAGAZINE – Bonjour Maître Bonnet, accepteriez-vous de nous éclairer sur votre activité ?

BAPTISTE BONNET − Avocat spécialisé en droit public, agrégé de droit public, je suis l’un des trois associés du cabinet stéphanois BLT Droit Public qui contient trois pôles, un pôle Ressources humaines publiques que je di- rige, un pôle contrats publics-marchés publics dirigé par Me Lalanne et un pôle urbanisme et aménagement dirigé par Me Thiry. Le cabinet couvre ainsi tout le domaine du droit public. Le cabinet gère également les grands projets de restructuration et de réimplantation de grands établissements publics, type CHU ou EPCI.

Depuis combien de temps êtes-vous l’avocat de l’Institut Cancérologique Lucien Neuwirth ? Quelle est l’importance de votre mission de conseil ?

Cela fait cinq ans ! Cinq ans de grande confiance mutuelle, cinq ans à rechercher ensemble les meilleures solutions pour l’établissement, cinq ans avec un objectif permanent : efficacité et opérationnalité. Car le juriste ne doit pas être un empêcheur de tourner en rond, il est là pour trouver des solutions pour ses clients.

Que voulez-vous dire ?

Un bon avocat ne doit pas toujours dire : le cadre légal et réglementaire est celui-là et il n’existe aucune alternative. Au contraire, la conception de mon métier est de chercher des solutions correctes sur le plan juridique, pas nécessairement toujours parfaites mais qui correspondent aux besoins de l’établissement et qui, surtout, sont opportunes.

Vous avec dit : opportunes...

Oui, absolument. Il faut trouver un bon équilibre entre les intérêts (financiers, en termes d’organisation, en termes politiques également, vis-à-vis des syndicats...) de l’établissement et la bonne épure juridique. Le droit n’est qu’un paramètre parmi d’autres, c’est ce que j’essaie d’inculquer à mes jeunes collaborateurs. Le décideur public doit prendre des décisions, en bonne connaissance de cause, en fonction du cadre légal et réglementaire mais cela ne peut pas être son seul prisme de décision et nous devons l’accompagner dans son processus décisionnel.

Du décisionnel au contentieux ?

Non, précisément non ! Notre rôle de conseil est donc fondamental et notre but doit être d’éviter les contentieux, de permettre au décideur que nous conseillons d’éviter les pièges, de sécuriser les « process » et d’établir des visions stratégiques prenant en compte la problématique juridique. Notre efficacité passe par notre capacité d’adaptabilité et par le caractère opérationnel de nos préconisations, c’est ce que j’appelle un partenariat de confiance et d’intelligence et c’est, je crois, ce que nous sommes parfaitement parvenus à mettre ne place avec la direction de l’ICLN.

Quelle est la part des affaires de l‘ICLN dans votre cabinet ?

Je conseille et gère les contentieux, avec mes trois collaborateurs, de 25 centres hospitaliers, 40 EHPAD et maisons spécialisées et un CHU.

C’est considérable !

Oui, effectivement. Nous avons une grosse charge de travail et ce d’autant plus que nous avons conclu des conventions d’assistance juridique avec nombre desdits établissements et qu’il convient toujours d’être extrêmement réactif. Mais nous avons une expérience de ces questions et une équipe de quatre avocats spécialisés.

Reprenons sur l’ICLN... Que pouvez-vous nous en dire ?

L’ICLN, est une structure qui fonctionne bien, qui n’est pas paralysée par ses contentieux ou des difficultés particulières. Par conséquent, les affaires de l’ICLN correspondent à 1 ou 2% des affaires que nous traitons, mais certains dossiers ont été particulièrement épineux à gérer. Nous avons un partenariat privilégié avec l’ICLN, du fait de notre proximité géographique et, disons-le, d’un excellent relationnel avec nos interlocuteurs qui sont des professionnels de grande qualité.

Quelle est la nature des contentieux que vous gérez ?

Essentiellement des contentieux de ressources humaines, ce qui est d’ailleurs habituel pour ce type d’établissement. L’importance du personnel (agents titulaires ou contractuels) met en lumière en permanence (parfois à tort) le risque psychosocial ; les contentieux en RH sont nombreux. Dans une société française qui s’est ju- diciarisée, dans laquelle la hiérarchie est moins acceptée qu’autrefois, on a parfois l’impression que demander à un agent de se mettre au travail confine au harcèlement moral ! J’exagère, mais à peine.

Et alors ?

Et alors, j’ai actuellement sur mon bureau 30 dossiers ouverts liés à une accusation de harcèlement moral (aucun de ces dossiers ne concerne l’ICLN) ! Et je ne parle pas du nombre de contentieux liés à un refus, souvent justifié, de l’établissement de reconnaître un accident du travail.

Quid de vos contentieux passés ? Lesquels sont les plus délicats et les plus difficiles ?

Les contentieux les plus complexes sont ceux liés aux risques psychosociaux et notamment les accusations de harcèlement moral, dont on oublie parfois de rappeler qu’elles conduisent à une procédure administrative mais aussi à une procédure pénale. Au plan humain, ces dossiers sont très difficiles à gérer pour le décideur hospitalier et ils sont de plus en plus nombreux.

Certains de ces contentieux peuvent-ils avoir va- leur de jurisprudence ?

Oui, en matière de ressources humaines publiques, nous gagnons beaucoup de procès dans l’intérêt des établissements hospitaliers qui peuvent avoir un impact jurisprudentiel fort, par exemple sur des décisions de réorganisation de l’établissement ou d’un service et les suppressions de postes qui en découlent. Nous avons obtenu de beaux résultats qui mettent en exergue l’intérêt général et l’intérêt du service avant les intérêts particuliers des agents dont le poste est supprimé.

Quid de la psychologie de ceux qui suscitent et créent des contentieux ?

C’est rarement un hasard, certaines personnes ont une mentalité contentieuse (usagers et agents) générant le conflit. À titre personnel, au sein de mon cabinet, j’ai établi quelques catégories, quelques caryotypes psychologiques que je ne peux révéler...

Qu’avez-vous encore à dire pour votre défense ?

Prenez un bon avocat ! Et n’attendez pas les contentieux. Un avocat en droit public est un conseil, une personne de confiance qui vous accompagnera et vous aidera dans les difficultés du management public qui sont de plus en plus grandes aujourd’hui. Et, sans flagornerie, je suis souvent admiratif devant la ténacité et le professionnalisme des chefs d’établissements confrontés à ces difficultés permanentes et multiples.

 

Reportage de

Marc Guillochon