À l’heure de la révolution numérique et digitale, ces mots nous alertent, invitant à mettre en perspective de nos découvertes la finalité de celles-ci : le bien être humain.

Big Data, learning machines, automatisation et robo-tisation, informatisation des processus de soins, ultra communication, jusqu’à l’intégration, objets connectés, et bientôt homme connecté ou « augmenté » prédisposent notre avenir. L’un des premiers réflexes de notre communauté est la méfiance et c’est bien normal. Évidemment, les progrès annoncés sont no- tables : modèles prédictifs permettant d’anticiper les pandémies, algorithmes d’aide à la décision médicale – l’exemple de Watson est le plus avancé1, micro-robotique et nanotechnologies adaptées au corps humain, systèmes centraux de concentration et d’exploitation de données et probablement au final, du mieux vivre et une augmentation de la durée de vie.

Le Professeur Guy Vallancien, dans son ouvrage La Médecine sans médecin ? - Le numérique au service du malade2, réalise un exercice prospectif remarquable sur l’avenir de la médecine et nous dit « L’évolution accélérée des technologies bouleverse la médecine et notre système sanitaire. Elle porte à ses dernières conséquences le changement que le stéthoscope de Laennec avait jadis engagé en forgeant un instrument qui démultiplie le pouvoir de l’observation ». Il définit le concept de « média médecine », une médecine média- tisée par le recours aux capacités de l’ordinateur, que l’on retrouve de la génétique à la robotique chirurgicale, en passant par les télémédecine et les communautés de malades.

Ce sont ces communautés de malades, et plus large- ment de citoyens, qui vont devoir définir les limites de cette révolution et c’est bien une conscience collective qui arbitrera entre ce qui nous fait du bien et ce qui devra rester au stade de la fiction. L’être humain ne doit pas, je le crois, devenir une entité ultra connectée, recevant et émettant en permanence un flux d’information, quelle que soit la finalité du système ainsi conçu. Les bénéfices des technologies devront être clairement validés et admis par tous, patients, soignants et plus généralement états, puisque l’un des facteurs de succès des initiatives liées au big data consiste à partager au niveau mondial la connaissance médicale et les données réelles issues des processus de soins.

Le caractère particulier de la maladie ne pourra pas se satisfaire d’une réponse exclusivement technologique, quelles qu’en soient les promesses. L’angoisse, la né- cessité de comprendre, le rapport humain poussé à son intime le plus extrême ne pourront se passer du colloque singulier entre le professionnel de santé et son patient. Les multiples outils résoudront rapidement les phases de diagnostic, d’arbres de décisions et de traitements, mais pas les phases d’échanges, les regards parlants et les poignées de mains.

Enfin, même s’il va évoluer considérablement, le statut de la donnée médicale personnelle et confidentielle – de plus en plus relatif – donnera sans nul doute lieu à débats, avec l’objectif de trouver le plus juste milieu entre le respect de la vie privée de celles et ceux qui le souhaitent et la mise à disposition de la communauté de données en temps réel nourrissant les ordinateurs de milliards de variables affinant leurs calculs.

Pour notre bonne santé, il semble pertinent de militer sereinement mais fermement pour que la conscience domine résolument la science, non ?

1- www-05.ibm.com/fr/watson 2- www.vallancien.fr

Lire également : Gilles Babinet, « Big Data, penser l’homme et le monde autrement » et « L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité »