Récompenses, lauréats et certifications récompensent les actions, les initiales locales et les bonnes pratiques mises en place dans nos établissements de santé. D’une simple plaquette préconisant d’éteindre la lumière en sortant de la pièce à l’installation d’une chaufferie biomasse en passant par une meilleure isolation lors de travaux de rénovation, par un système de GTB ou de recyclage, par l’utilisation de détergents moins polluants ou encore par le recours aux énergies renouvelables, ces actions démontrent l’implication des établissements de santé dans une démarche éco-responsable. L’objectif est louable : promouvoir une meilleure utilisation des énergies. Mais aujourd’hui, qu’en est-il vraiment ? L’hôpital se doit de jouer sur plusieurs fronts : proposer des soins de qualité, tout en respectant les normes environnementales et en maintenant son budget à l’équilibre. Comment réussir cette prouesse ? Les ES ont un rôle à jouer dans l’évolution des pratiques (celle liée à la mobilité, à une consommation raisonnée et réfléchie ou à des projets environnementaux écoresponsables) et dans la prise de conscience que le DD est un enjeu majeur pour tous.

Impact environnemental des Hôpitaux : prise de conscience et démarche vertueuse !

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Entretien avec

Laurent Boulesteix

Responsable de Projet

logistique, environnement et

développement durable

au CHU de Limoges

 

DH MAGAZINE – Pionner, le CHU de Limoges a investi dès les années 2000 dans des technologies dites « éco-responsables ». Lesquelles ?

LAURENT BOULESTEIX − Je peux vous citer 2 pro- jets « phares ». Tout d’abord, la création d‘une unité de banalisation des déchets infectieux via une technique par broyage et désinfection à la vapeur qui permet de prétraiter ces déchets de manière vertueuse. Nous nous affranchissons ainsi du risque d’infection au plus près de nos sites de production sans pour autant avoir un impact sur l’environnement. De plus, nous ne traitons pas uni- quement nos déchets mais aussi ceux d’autres établis- sements de la région. Cela correspond à 3000 tonnes de déchets infectieux produits chaque année qui sont traitées de manière écologique.

Ensuite, notre biomasse, en fonction depuis 2008, dessert en chauffage et eau chaude sanitaire le CHU, l'Établissement de Santé Public Esquirol et l’Université. L’intérêt est non seulement économique mais aussi écologique. Cela nous a permis de réduire considérable- ment nos émissions de gaz à effet de serre. En 2007, nous avions déclaré 15 000 tonnes de CO2. Aujourd’hui, ce chiffre a été divisé par plus de 3. De plus, nous par- ticipons à une meilleure gestion de la ressource fores- tière car nous utilisons de la ressource locale. Le bilan carbone est donc moindre.

Ces technologies sont aujourd’hui éprouvées. Mais il est vrai que c’était un pari osé à l’époque. Le bilan est aujourd’hui très positif !

Avez-vous des déploiements en cours ?

Nous « verdissons » progressivement notre flotte automobile de près de 140 véhicules via l’acquisition de 2 à 3 véhicules électriques par an. Ils sont utilisés pour les missions porte-à-porte. Pour les usages plus polyvalents, nous allons investir dans des véhicules essence peu énergivores. Nous recourrons (à la marge) aux véhicules diesel uniquement lorsqu'il n'existe aucune alternative sur le marché (poids lourds et autres véhicules utilitaires).

Moteur, le CHU de Limoges impulse une réelle politique de Développement Durable !

Oui, c’est aussi le rôle des CHU. Et je pense que les GHT vont permettre de renforcer cette dynamique sur les territoires. D’autres établissements déploient des dispositifs écologiques. La mutualisation des connaissances, des réflexions et des pratiques va ainsi être renforcée.

Vous avez une double « casquette ». Est-ce com- pliqué à gérer ? Ou au contraire, ces 2 rôles sont- ils complémentaires ?

La logistique, c’est l’optimisation des ressources. L’écologie, c’est la préservation de ces mêmes ressources : ces fonctions peuvent sembler très éloignées mais selon moi, il est pertinent de les avoir rapprochées. Le fait d’avoir une vision transversale favorise le déploiement des projets et simplifie leur mise en œuvre opérationnelle. Si je mets en place une nouvelle filière de tri des déchets et que je mets à contribution le service transports logistiques, le fait d’avoir ce dernier dans mon périmètre simplifie cette mise en place.

Autre exemple, dans le cadre de renouvellements de matériels ou équipements au sein de certaines unités logistiques, nous introduisons plus facilement la notion de Développement Durable, par exemple pour ce qui concerne les consommations électriques.

Et quel est le rôle des industriels ?

Les échanges avec les industriels font partie de notre veille. Ils sont force de propositions, moteurs et sont fortement incités à nous proposer des technologies, des équipements présentant un intérêt environnemental significatif.

Aujourd’hui comment un hôpital « éco » concilie- t-il soins de qualité et normes environnementales dans un cadre budgétaire contraint ?

Bon nombre de projets environnementaux ont un retour sur investissement et nous disposons d'un levier économique pour convaincre. Le plus souvent, nous pouvons apporter la preuve que des projets éco- responsables peuvent avoir un temps de retour sur investissement raisonnable.

Pour conclure ?

Nous portons sur l’hôpital un regard relevant fréquemment de l'angélisme : c’est un lieu de soins et de prouesses médicales. Mais derrière cette image flatteuse, il s'avère que le fonctionnement d'un hôpital induit certains impacts environnementaux : rejets d'eaux usées, déchets, consommations énergétiques importantes, entre autres. Aussi, l’enjeu consiste à maîtriser nos impacts environnementaux. Et aujourd’hui fort heureusement, je remarque qu’il y a une réelle prise de conscience et que l’Hôpital devient un acteur majeur du déploiementdelapolitiqueenvironnementaledupays

Consommerde manière intelligente et raisonnée

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Entretien avec

Julien Collet, référent

Développement Durable

depuis 2007 au Pôle Santé

Sarthe et Loir (PSSL)

 

DH MAGAZINE – Vous êtes référent Développement Durable depuis 2007 au Pôle Santé Sarthe et Loir (PSSL), établissement de plus de 700 lits situé en Sarthe. Quelle est votre vision ? A-t-elle évolué depuis 2007 ?

JULIEN COLLET − Oui, cela a beaucoup évolué. Au départ, les agents assimilaient à tort le Développement Durable uniquement à l’environnement. Les premières années, les actions étaient surtout des actions environ- nementales liées aux économies d’eau, de papier, de tri des déchets. Au fur et à mesure, les choses ont changé. Aujourd’hui, les projets sont également d’ordre social et économique. C’est aussi vers là que l’on tend avec la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Vous devez donc travailler sur 2 fronts : promouvoir les aspects d’économies d’énergie et améliorer le bien-être des agents sur leur lieu de travail ?

Sur 3 fronts ! Car on oublie souvent la partie achat, avec les achats éco-responsables, écolabels et de produits dont le cycle de vie est respectueux pour l’environnement.

Comment fonctionnez-vous ?

Notre comité de pilotage donne la ligne de conduite pour les 4 à 5 ans. Mon rôle est d’accompagner les directions (techniques, logistiques et RH) sur les critères de choix de produits et d’actions éco-responsables. Je suis un peu le rassembleur des idées pour communiquer et valoriser les travaux. Nous attachons également une importance particulière sur le fait d’avoir dans notre comité de pilotage des représentants des soignants et des représentants des usagers. Car le Développement Durable est l’affaire de tous, y compris des soignants qui sont en première ligne. Ils peuvent alerter sur la surconsommation d’essuie-main ou sur les fuites d’eau, tout simplement.

Vous devez faire face à des obligations réglementaires ?

Oui, nous avons des obligations sur les rejets, le tri par exemple et nous retrouvons des items Développement Durable dans la certification pilotée par la HAS. Mais le Développement Durable est surtout une démarche volontaire.

Passe-t-il forcément par de l’investissement ?

Oui et non... Au PSSL, nous avons fait un investissement de plus d’un million d’euros sur une chaufferie biomasse. Indéniablement, il y a un gain environnemental. Il existe aujourd’hui des technologies qui peuvent nous aider à mieux consommer. Des machines ont des doubles vannes pour récupérer les eaux de rinçage, par exemple. Mais le Développement Durable ne se limite pas à cela. On peut faire de grandes choses avec de petits moyens. J’aurais tendance à conseiller les établissements qui veulent se lancer de commencer par cela. C’est valorisant, fédérateur et impulse une dynamique.

Quel est le fait le plus marquant ?

Pour moi, c’est le volet « bien-être au travail », avec par exemple la possibilité pour le personnel de suivre des cours gratuits de sophrologie.

Comment concilier soins de qualité et normes environnementales dans un cadre budgétaire contraint ?

C’est compliqué... Prenons un exemple : un produit nettoyant de surface par définition ne sera jamais écolabel, ce qui est logique car il a pour objectif de détruire toute la faune bactérienne. Aussi, il ne faut pas être un écolo « pur et dur ». Il faut développer la qualité des soins mais se poser la question de l’utilisation et de l’après. Peut-on réduire l’utilisation de ce désinfectant ? Le substituer à un autre moins polluant ? Autre exemple : le papier. Nous devons envoyer les factures à nos patients. La dématérialisation existe mais reste un peu compliquée, surtout pour les patients âgés. Donc charge à nous de trouver du papier éco-responsable, avec des produits de blanchiment de papier non nocifs. Au PSSL, nous sommes dans la démarche suivante : consommer de manière intelligente et raisonnée.

De plus en plus d’établissements ont intégré des Référents Environnement et Développement Durable au sein de leur organisation. C’est un nouveau métier ?

Quand j’ai commencé en 2007, nous étions peu nombreux, 15 à 20 en France ! Aujourd’hui encore, peu d’entre nous possèdent une réelle formation et malheureusement, les référents missionnés le sont souvent par obligation. C’est pourquoi, nous œuvrons à la formation et à une véritable politique environnementale sur le plan national.

Des idées, de l’inventivité et le goût de l’innovation

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Entretien avec Aurélie Neau,

directrice adjointe chargée

des achats, de la logistique

et des travaux des centres

hospitaliers de Saint- Lô

et Coutances

 

DH MAGAZINE – Précurseur, le CH de Saint- Lô a élaboré dès 2012 un Guide : « le guide de l’hospitalier éco-responsable ». Quel était l’objectif ?

AURÉLIE NEAU − Je n’occupe mes fonctions sur l’éta- blissement que depuis 7 mois mais je dois avouer que la découverte de ce guide a fait partie des éléments qui m’ont donné envie d’intégrer l’établissement. Désor- mais accessible en libre accès sur notre site intranet, l’objectif du guide est d’informer sur tous les petits gestes du quotidien permettant de contribuer à rendre notre hôpital plus éco-responsable. Il vise à montrer à chacun sa responsabilité et comment une somme de petits gestes (éteindre la lumière, alerter en cas de fuite, trier les déchets...) peut avoir un impact positif.

Auriez-vous des exemples d’actions concrètes déployés sur l’établissement ?

La limitation des déchets à leur source. Nous n’avons par exemple aucune vaisselle jetable, ni sur les plateaux des patients, ni au self. Ensuite, nous essayons de réduire au maximum l’utilisation du papier. Pour ce faire, le CH de Saint-Lô a massivement investi sur les NTIC (informatisation du dossier médical et du dossier de soins infirmier, dématérialisation de plus en plus poussé du processus achats, site intranet très complet...), ayant recours à l’informatique dès que cela est possible, mais a également banni les imprimantes individuelles. Sur les dépenses énergétiques, les services techniques sont très actifs. Leurs interventions manuelles et quasi quotidiennes sur les installations de chauffage nous ont permis d’obtenir des gains énergétiques considérables. Enfin, nous souhaitons mieux exploiter les ressources naturelles du centre hospitalier, en installant dès ce printemps des ruches dans notre grand parc, et en y projetant la mise en place d’un parcours de santé destiné aux patients.

Avez-vous investi dans des technologies éco-responsables ? Si oui, lesquelles ?

Des projets sont à l’étude. Nous nous intéressons en particulier à la biomasse et à l’utilisation du solaire thermique pour la production d’eau chaude. Pour notre blanchisserie, nous souhaitons également approfondir un procédé innovant de gazéification, dont on nous a parlé récemment, et qui est encore très peu développé en Europe de l’ouest. Enfin, au niveau des rénovations, nous prenons systématiquement en compte les aspects d’économies d’énergies.

L’établissement est classé aux Monuments Historiques. Est-ce une contrainte ?

Oui, mais c’est aussi une fierté car c’est un bâtiment magnifique. Datant des années 50, il est très bien conçu et assez évolutif, ce qui limite un peu les contraintes de ce classement. Bien entendu, sur certains aspects, il nous faut être inventifs. Par exemple, nous ne pouvons pas changer toutes les fenêtres pour mettre du double vitrage, sachant que côté sud la façade est entièrement constituée de petites vitres carrées, et ce sur 9 niveaux du sol au plafond ! D’autres solutions ont donc été trouvées, moins onéreuses, ne modifiant pas la façade mais permettant néanmoins une isolation très efficace.

Comment concilier soins de qualité et normes environnementales dans un cadre budgétaire contraint ?

On entend souvent dire que le Développement Durable coute cher. Certes, il peut y avoir des investissements lourds mais ceux-ci sont censés être rentabilisés à moyen/long terme. Pour moi, l’écologie représente une vraie source d’économies dans la mesure où à la base, un des enjeux fort est tout de même celui de la juste utilisation des ressorces ! Ensuite, l’écoresponsabilité touche aussi aux conditions de travail. Là aussi ce sont des investissements, mais quand les agents sont épanouis sur leur lieu de travail, l’absentéisme diminue, la qualité des soins augmente et les patients en sont les premiers bénéficiaires. Ainsi la DRH et la direction des soins ont pour leur part beaucoup investi sur ce thème. L’écoresponsabilité est « un tout », une démarche globale et chaque pierre compte.

Hippocrate : le premier écologiste

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Entretien avec

Élisabeth Toutut- Picard,

Directrice adjointe du CHU

de Toulouse, Chargée de

Mission Développement Durable

 

DH MAGAZINE – Vous êtes Directrice adjointe du CHU de Toulouse et depuis plus de 2 ans maintenant Chargée de Mission Développement Durable. Quelles sont vos prérogatives ?

ÉLISABETH TOUTUT-PICARD − Ce sont les prérogatives classiques des chargés de mis-sion Développement Durable. En transversalité avec mes collègues, je traite des questions relatives à la performance énergétique et aux consom- mations d’énergies et d'eau, ainsi qu'à la mise en place de filières différenciées de traitement des déchets et de leur recyclage. Au travers du Plan de Déplacements Hospitaliers (PDH), j'incite le personnel du CHU à pré- férer les transports en commun plutôt qu'à recourir aux véhicules à combustion thermique, sources de gaz à ef- fets de serre*. Je participe à la politique des achats éco et socialement responsables et enfin, je m'intéresse aux questions sociales et sociétales relevant de la RSE de l’établissement. L'ensemble de ces démarches a été recensé dans un Plan d’actions DD validé par le conseil de surveillance, inscrit dans le Projet d’établissement, et actuellement dans sa phase de déploiement.

Comment ont été accueillies les différentes actions ?

Plutôt bien et même parfois très bien ! La caractéristique principale de la démarche Développement Durable de notre CHU est sa réalisation sur un mode participatif et sur la base du volontariat.

Une soixantaine d'agents du CHU, qui se sont portés volontaires à la suite d'un appel à candidatures, m’ont, dans un premier temps, aidée à réaliser le diagnostic de la situation de l’établissement au regard d'un panel de critères. Ce diagnostic a débouché sur un Plan d'actions très détaillé que je « manage » maintenant en relation avec mes collègues des directions supports. Je travaille essentiellement en transversalité car cette démarche ne peut conserver sa pérennité que si elle est portée par tous, avec le soutien de la hiérarchie bien sûr et l'engagement affiché de la Direction Générale, mais aussi avec les agents du terrain et dans le sens bottom up (ascendant). L'accueil à éviter est l'approche trop directive qui fait de la démarche Développement Durable une nouvelle contrainte administrative. Il est primordial qu’il y ait un maximum de participation pour renforcer la prise de conscience des enjeux environnementaux et l'appropriation de la démarche par les agents, responsabilisés en tant qu’« écocitoyens ».

De plus en plus d’établissements ont intégré dans leur organisation des Référents Environnement. Aujourd’hui, le Développement Durable fait partie intégrante des établissements de santé. Quelle en est votre vision ?

Pendant longtemps, le monde de la santé s'est montré (paradoxalement) réfractaire à ces questions, ce qui lui a fait perdre du temps par rapport aux autres secteurs de la vie économique et sociale. Les directeurs étaient réticents par crainte des éventuels impacts financiers de ces démarches sur des budgets déjà tendus. Le lien entre « santé » et « environnement » ne leur semblait pas évident et encore moins de leur ressort.

Sous la poussée de collègues « pionniers » conscients des enjeux et passionnés par le sujet et grâce à la HAS qui a intégré officiellement et pour la première fois la démarche Développement Durable dans le Guide d'accréditation Version 2010, ils se sont peu à peu apprivoisés et ont mieux compris la place stratégique occupée par leurs établissements dans la défense de l’écosystème territorial.

Ils ont même découvert que les démarches de performance énergétique pouvaient être factrices d’économies budgétaires parfois conséquentes !
Après avoir été perçues comme « fantaisistes » et « hors cadre sanitaire », il me semble que ces démarches sont désormais intégrées dans les objectifs institutionnels et considérées comme des évidences managériales à prendre sérieusement en compte.

Il n'en demeure pas moins que la motivation toute personnelle du directeur d'établissement impacte significativement sur la qualité et l'intensité de l'engagement collectif !

Je rappelle que l’une des recommandations du serment d’Hippocrate est : “primum non nocere, deinde curare”, c’est à dire “d’abord ne pas nuire, ensuite soigner”

La COP 21 a cependant beaucoup joué dans le sens de cette prise de conscience individuelle, collective et institutionnelle, des enjeux environnementaux et des impacts du réchauffement climatique sur l'ensemble du monde « vivant ».

Comment concilier soins de qualité et normes environnementales dans un cadre budgétaire contraint ?

Il est évident que l’objectif d’équilibre budgétaire annuel continue à être la priorité légitime et compréhensible du gestionnaire. C'est cette nécessaire approche court termiste qui constitue l'obstacle fondamental des démarches Développement Durable qui relèvent souvent d'un raisonnement portant sur le moyen et le long terme.

Dans ce contexte financier souvent tendu, il est en effet souvent difficile d'envisager d'investir dans des équipements dont les ROI ne sont pas rapides. L'objectif premier est donc de répondre d'abord aux contraintes réglementaires officielles, notamment dans les constructions et rénovations de bâtiments avec les Réglementations Thermiques et l'intégration de critères HQE, mais aussi dans la gestion des ICPE et également avec la réalisation du BEGES (Bilan des Émissions de Gaz à Effets de Serre).

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Ensuite des démarches de simple bon sens, telles que celle de « Negawatt », permettent de moins consommer les ressources énergétiques, sans frais ou à peu de frais. La mise en place de nouvelles filières de déchets peut également être réalisée à coûts constants.

Pour le reste, tout dépend de la volonté du directeur et des financements internes et externes qu'il peut trouver : le recours aux subventions de l'ADEME et des Collectivités territoriales (départements, métropoles, régions), fonds européens du FEDER, Certificats d'Économies d'Énergies (CEE), subvention de l'Agence de l'eau... peuvent l'aider dans ce sens.

A minima et dans une approche plus systémique de la question de la qualité de l'environnement et de ses relations avec la santé (air, eau, sol, produits d'entretien et chimiques, phytosanitaires) il me paraît indispensable de prendre d'abord le temps d'observer nos propres pratiques internes et d'identifier comment elles participent, souvent involontairement, à la mise en danger de notre environnement commun. Parfois de simples réajustements de procédures ou d'organisation ont un impact immédiat et... gratuit sur notre qualité de vie.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Mon souhait serait que ces démarches soient davantage valorisées par les autorités de tutelles. L'attention reste focalisée sur les pratiques soignantes alors que certaines de nos activités hospitalières contribuent, paradoxalement, à détériorer cette santé que nous avons pour mission de rétablir, voire de protéger.

Je rappelle que l'une des recommandations du serment d’Hippocrate est : « primum non nocere, deinde curare », c'est à dire « d'abord ne pas nuire, ensuite soigner ». La préservation de l’environnement des citoyens et des ressources de la planète doit faire partie inté- grante de la mission des établissements de santé. Cela passe par une véritable politique environnemen- tale en santé et une valorisation des actions de pré- vention, d’éducation et de sensibilisation aux enjeux environnementaux. Nous pourrons ainsi contribuer à préserver un environnement sain et réduire le nombre des pathologies sanitaires liées à la détérioration de notre fragile écosystème, territorial et planétaire.

Mobilité partagée, transport à la demande : Et si l’accès des professionnels de santé à leur lieu de travail s’en trouvait chamboulé ?

Autopartage, covoiturage, VTC (Véhicule de Tourisme avec Chauffeur), les alternatives à la voiture particulière ont le vent en poupe dans tous les secteurs d’activité. Car en ville, les usages évoluent et la diminution de la part modale de la voiture personnelle est réelle. S'appuyant sur l'essor du numérique, ces modes de transport cherchent à s'intégrer dans le paysage  urbain et par rebond dans le domaine de la santé.
Prestataires historiques, collectivités, grands acteurs de la mobilité, tous se mettent à envisager ce type de services et cherchent à se positionner sur la voiture partagée et à la demande. État de la situation.

L'USAGE de la voiture évolue

Depuis plusieurs décennies, la voiture est le moyen de transport privilégié des français. Cependant, alors que les déplacements effectués en voiture augmentaient encore fortement pendant les années 90, une stagnation voire une baisse de l'utilisation de ce mode de transport est observée depuis une dizaine d'années, notamment en ville. Plus qu'une tendance à la baisse, c'est surtout les usages de la voiture en ville qui évoluent notablement.

VOITURES PARTICULIÈRES : des indicateurs en baisse

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Par Bernard Bensadoun,

Directeur Général Délégué

PCA - AHO - Nantes

 

Ce n'est plus un scoop, l'âge d'or de la voiture particulière est bel et bien révolu. En France – comme sur d'autres marchés développés arrivés « à maturité » –, la stagnation du parc automobile est réelle et l'usage de la voiture individuelle diminue petit à petit au profit de modes alternatifs, surtout en milieu urbain.

Le début des années 2000 marque le début d'un ralentissement dans le rythme de croissance du parc automobile français. En effet, les 0,2 % de croissance en 2012 tranchent avec les 2 % dix années auparavant. Par ailleurs, la diminution de la part modale de la voiture –c'est-à-dire la proportion du trafic effectuée par ce mode de transport – est palpable. Aujourd'hui en France, 83 % des déplacements en distance parcourue s'effectuent en automobile. Cependant, ce pourcentage qui était en hausse depuis des décennies diminue depuis le début du XXIe siècle : -2 points en dix ans. (Graphique).

Ce constat s'applique surtout dans les zones les plus urbanisées : au cours des dix dernières années, l'usage de la voiture personnelle dans les centres villes a fortement diminué au profit d'un usage croissant de modes alternatifs tels que les modes doux, les transports en commun ou encore l'autopartage. L'usage de la voiture individuelle aurait ainsi atteint un plafond. Cette modification des usages s'explique par divers facteurs, tant économiques que publics ou encore sociaux.

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POURQUOI CETTE ÉVOLUTION des usages ?

Si des facteurs économiques tels que la crise ou le niveau relativement élevé des prix des carburants expliquent en partie ces évolutions d'usage, ils ne sont pas les seuls. L'intervention des pouvoirs publics en ville est également à l'origine de ces changements. Que ce soit dans le but de décongestionner la circulation urbaine ou encore de répondre à des objectifs nationaux de diminution des émissions de CO2 par habitant, les aménagements urbains impactent les habitudes : le nombre de places de stationnement a fortement diminué ces dernières années (en dix ans, Nantes a perdu 18% de ses places en surface), les zones piétonnes en centre-ville deviennent de plus en plus nombreuses, les transports en commun se développent toujours plus. Tout est fait pour favoriser le report modal.

Enfin, les changements de comportements (possession vs. utilisation d'un véhicule), l'évolution des mentalités et des styles de vie sont également à l'origine de cette évolution des usages. L'offre accrue de solutions alternatives à l'utilisation de la voiture pour mener des activités en est un bon exemple : il est possible d'effectuer ses achats sur internet, il est dans l'air du temps de se déplacer en vélo lorsque la distance le permet, ...

L'évolution de l'usage de la voiture particulière favorise le développement de nouvelles mobilités en ville portées par le numérique : on passe de la possession d'un véhicule à l'utilisation d'un service de transport.

LES NOUVELLES MOBILITÉS portées par le numérique

Alors que le secteur automobile est engagé dans une crise profonde, de nouveaux usages de la voiture se développent en ville, où la notion de service se substitue à la notion de bien. Certains services existent déjà depuis plusieurs années, tout l'enjeu résidant aujourd'hui dans l'adaptation de ces derniers au milieu urbain (courte durée / courte distance) et au numérique. Autopartage, covoiturage, et/ou transport à la demande (UBER).

POUR LES ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ, l’accessibilité et le stationnement aux abords des sites de soins est devenu un véritable casse-tête

Dans un contexte où l’hôpital ne sait plus financer que ce qui a rapport aux soins (T2A), les parkings se raréfient, perdent leur gratuité historique, obligent patients et les professionnels à trouver des solutions innovantes pour leurs trajets ou les condamne à errer en attendant que la place miraculeuse se libère...

L’hôpital employeur est donc confronté à ce dilemme : accueillir correctement ses salariés sans consommer pour autant sa capacité de stationnement dédiée aux patients. Seul un effort de projection permet de se sortir de ce casse-tête, il faut penser la mobilité de 2020 à la lumière d’une alchimie nouvelle qui saura conjuguer numérique, mutualisation et déplacements.

Le principal frein à l’autopartage était jusque-là la nécessité de planifier et/ou d’organiser les déplacements groupés et de les faire coller avec les plannings des agents hospitaliers concernés, or, le co-voiturage, grâce au numérique, devient désormais dynamique et donc plus flexible.

Par ailleurs, l’évolution des modes de prises en charges (virage ambulatoire) modifient qualitativement et quantitativement les besoins en personnels, au point que l’idée de travailler sur de plus grandes amplitudes, moins de jours dans la semaine fait son chemin, réduisant du même coup le nombre de salariés présents simultanément sur un même site et diminuant significativement le nombre de trajets « domicilie- travail » effectués dans une semaine. Il nous appartient de rentrer dans ce mouvement sans a priori et sans dogme, l’ère de la possession automobile et derrière nous, celui du partage et de l’usage s’ouvre, servi à la fois par le digital et par une évolution réglementaire du travail (projet de loi El Khomry).

Faut-il s’émouvoir de voir un modèle s’épuiser pour laisser place à un autre dont on peut penser qu’il sera plus respectueux de l’homme, de l’environnement et enclin à favoriser le lien social ?

La mobilité entre dans la dimension de la RSE* et l’Hôpital sera un formidable laboratoire expérimental.

Dossier réalisé par

Marie-Valentine Bellanger