Ethique et Confiance

L’éthique est le maître mot de l’Agence de la biomédecine. Elle transcende toute l’activité de l’institution. Rien ne peut se concevoir sans cette exigence absolue. Les règles sont aussi claires qu’intangibles : transparence et équité !

À l’éthique, il faut en ajouter un second qui lui fait écho : la confiance. Sans elle, rien ne peut se faire. Acteurs, médecins, donneurs, receveurs sont des vecteurs qui ne peuvent agir sans la confiance de tous, y compris, voire surtout, celle du « grand public ». La confiance partout et pour tous.

À l’ABM, nous ne sommes pas dans une « simple » administration ; nous sommes, comme le souligne Anne Courrèges, au cœur de « l’humain » ! Tout y est sensible, voire exacerbé. La greffe d’un organe (ou de tissus) n’est jamais un acte anodin, banalisé. La greffe ne se conçoit pas comme un objet, encore moins comme une transaction. Elle est exclusivement un don, ce qui lui donne toute sa valeur, une valeur exceptionnelle !

L’activité de l’Agence est très étendue : greffes, procréation, embryologie, génétique humaine... Elle répond à une attente considérable pour des malades ou pour des couples qui, tous, attendent une amélioration de la qualité de leur vie... Pour toutes ces attentes, d’aujourd’hui et de demain, l’ABM est aussi un symbole d’espoir.

Anne_Courre_ges.pngEntretien avec Anne Courrège, Directrice Générale de l’Agence de la biomédecine

 

DH MAGAZINE – Du cabinet du 1er ministre – avec lequel vous travailliez encore il y a quelques mois – à l’Agence de la biomédecine, s’agit-il pour vous de continuité ou de rupture ?

ANNE COURRÈGES − Dans tout ce que j’ai fait, que ce soit au Conseil d’État, en administration centrale ou en cabinet, j’ai toujours eu une seule motivation : la volonté d’être utile. Le sens du service public est le fil rouge de mon action. Et ma nomination à l’Agence de la bioméde- cine s’y inscrit pleinement. C’est l’occasion de participer à des missions, à l’évidence, d’intérêt général, en tra- vaillant avec des personnes engagées et dévouées. Que demander de plus ?

L’Agence de la biomédecine est un établissement public de l’État. Qu’est-ce que cela signifie pour vous, non en termes juridiques mais en terme de ressenti ?

Il est extrêmement important que l’Agence de la bio- médecine soit un établissement public parce que cela participe à la construction de la confiance des différents acteurs et cela légitime le rôle de régulation et d’accom- pagnement qui lui est confié. Cela lui donne d’abord, cette forme de neutralité et d’objectivité liée au fait que c’est une personne publique. Cela est d’autant plus essentiel qu’il s’agit d’activités qui sont de pointe, très techniques mais aussi très sensibles.

Il y avait, il y a toujours, besoin d’un régulateur d’où l’importance d’avoir un statut public qui permette vérita- blement de légitimer, de crédibiliser l’action de l’Agence et de construire la confiance avec tous ses partenaires. Donc, je suis très attachée, je ne vous le cache pas, à ce statut d’établissement public qui permet de travailler avec tout le monde sans jamais pouvoir être considéré comme de parti pris. Tout cela, c’est la neutralité incar- née par l’État.

Dans les grandes lignes, quelle va être votre philosophie pour l’Agence ?

L’Agence de la biomédecine : les maîtres-mots qui guident son action sont l’éthique, l’équité, l’écoute et la transparence. Voilà les fondements de l’action de l’Agence de la biomédecine. Ce sont ces fondements, ces « fondamentaux » qui ont permis à l’Agence de devenir l’interlocuteur privilégié de l’ensemble des acteurs dans les secteurs qu’elle régule et qui lui permettent d’occuper aujourd’hui la place qui est la sienne. Aussi, sommes-nous extrêmement attentifs à ces principes d’action fondamentaux, à cette capacité à encadrer, à évaluer comme une agence sanitaire mais aussi à accompagner et je crois que nos partenaires en sont parfaitement conscients.

Le dialogue est l’élément fondamental : associer ses partenaires aux décisions qu’elle prend contribue à asseoir à la fois sa légitimité, sa crédibilité et l’efficacité de son action. Cette valeur ajoutée de l’Agence, c’est la confiance. Avoir noué des relations étroites avec l’ensemble de ses partenaires qui permettent aux uns et aux autres de se parler. À certains égards, l’Agence joue un rôle de chef d’orchestre. Le siège des services territoriaux de l’Agence, c’est le lieu où tout le monde se réunit, un peu « l’endroit où l’on cause » ! (rires)

À l’origine des greffes, quelques initiatives per- sonnelles ; aujourd’hui, l’Agence de la bioméde- cine... Accepteriez-vous de nous en retracer la genèse ?

Au tout début, il y avait France Transplant avec ses « ramifications » territoriales : Ouest-Transplant, Est- Transplant, Nord-Transplant... Toutes étaient des associations professionnelles... Le fort développement de l’activité des greffes en France et la volonté des pouvoirs publics de mieux faire face aux besoins croissants des malades a créé la nécessité d’une régulation. Par ailleurs, des incidents ont pu aussi contribuer à faire encore plus apparaître la nécessité d’une régulation publique de cette activité. C’est pour cela que l’on a créé l'Établissement français des Greffes. C’était alors l’organisme de régulation publique de l’activité de prélèvement et de greffes d’organes, de cellules et de tissus en France. Il a très bien fonctionné pendant dix ans avec de très bons résultats. Il a accompagné la progression de l’activité de greffes en France. Il est à l’origine, en grande partie, du premier plan greffes qui a permis à l’activité de prélèvement et de greffe « d’exploser ». L’idée s’est alors progressivement imposée qu’il fallait étendre ce modèle et disposer d’un établissement public unique pour réguler tous les acteurs d’activité utilisant les éléments et produits du corps humain.

Donc, avec des activités organes-tissus, cellules, notamment cellules souches hématopoïétiques (moelle osseuse)... C’est pour cela que le registre « France greffe de moelle » – créé par le Pr Jean Dausset – a été intégré à l’Agence de la biomédecine créée en 2005 pour succéder à l’EfG. Il y avait aussi l’activité d’assistance médicale à la procréation, l’activité génétique et l’embryologie humaine...

Tout cela donne l’impression d’un ensemble un peu hétérogène...

Le fil conducteur, le point commun à tout cela, c’est « Soigner l’homme par l’homme ». Le point d’unité, c’est soigner en mettant en œuvre toutes les thérapeutiques qui font appel à des éléments du corps humain. C’est pour tout cela que l’on est passé d’un Établissement français des Greffes à une Agence de la biomédecine qui prend en compte l’ensemble de ces activités. Avec une exception qui tient à des raisons historiques : le sang, qui s’est structuré bien avant et relève de l'Établissement Français du Sang. L’Agence de la biomédecine est un modèle original, spécifique à la France ! Il n’y a pas d’autres agences dans le monde qui regroupent toutes ces activités.

L’autre point commun de ces activités, c’est la haute technicité médicale et scientifique et ce sont des activités qui sont sensibles car elles touchent, toutes, à la dignité de l’être humain. La philosophie de l’Agence, c’est aussi promouvoir les valeurs de la loi bioéthique : l’éthique, la transparence, la solidarité...

En terme de communication, l’intitulé « Agence de la biomédecine » parle peu. Comment ce terme a-t-il été choisi ? Et pourquoi pas l’Agence Nationale de Biomédecine ?

Il fallait trouver un nom qui fédère toutes les activités utilisant les éléments du corps humain biologique pour soigner, pour faire de la médecine. Nos activités sont bien de la biomédecine d’où l’intitulé « L’Agence de la biomédecine » qui est la façon la plus simple de recouvrir cette diversité aujourd’hui exercée par l’Agence. Alors, pourquoi pas national me direz-vous ? Je n’ai pas vraiment de réponse à cette question. La dénomination de l’Agence est bien antérieure à mon arrivée ; j’ignore si cela a fait l’objet d’un « débat » à l’époque mais cela changerait-il quelque chose ?

L’intitulé de l’Agence ne semble poser de problème à personne. Nous venons de fêter nos dix ans. C’était un beau moment et nous sommes fiers de notre nom. Notre préoccupation constante, ce n’est pas de la communication en soi, c’est de « créer » de la confiance, y compris avec l’opinion publique. En France, il y a eu, très tôt, une prise de conscience des enjeux de la bioéthique. Il y a un consensus national sur l’importance de réguler ces activités et de les accompagner avec un encadrement très fort.

Biomedecine_la_genetique_medicale.pngLa France a-t-elle un rôle à jouer en Europe et à l’échelon international ?

Oui, bien sûr, la France a un rôle à jouer. Le modèle français repose sur des valeurs importantes. Le modèle français fait référence à des valeurs essentielles, nous en avons parlé tout à l’heure. Nous le défendons dans le cadre de la Communauté Européenne et du Conseil de l’Europe. Nous essayons d’avancer tous ensemble. La France vient, par exemple, de participer très activement à l’élaboration d’une convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre le trafic d’organes qui vient d’être ouverte à la signature ; c’est un texte contraignant, exigeant. Si la France peut participer à la construction d’un modèle européen d’éthique, ce sera une fierté pour nous tous. Au niveau international, notre expertise est recherchée. Nous menons des actions de coopération avec les pays du Maghreb, le Liban et la Moldavie et participons à des congrès internationaux.

L’Agence reste un organisme administratif d’organisation et régulation. Elle n’a pas de rapport direct avec les patients... Ce sont les médecins, chirurgiens, anesthésistes... qui interviennent. Quelle plus-value l’Agence peut- elle apporter aux patients et à l’ensemble de la communauté hospitalière ?

L’Agence de la biomédecine est au service des patients, c’est sa vraie raison d’être. Ce n’est pas un établissement de santé, c’est une agence sanitaire dont le fonctionnement est de réguler, d’encourager et de développer un certain nombre d’activités : contribuer au développement des greffes d’organes-tissus, contribuer à l’assistance médicale à la procréation, mieux encadrer l’activité de génétique. Elle évalue toutes ces activités dans le but d’améliorer les pratiques médicales et la qualité des soins délivrés aux patients. Il s’agit aussi d’aider les gens qui se posent des questions difficiles : les questions génétiques sont toujours compliquées. L’Agence dispose, sur tout le territoire, d’un réseau qui permet de répondre aux besoins des gens. Elle a un rôle de promotion du don : don d’organes, de gamètes, de moelle osseuse... Elle est véritablement au service du patient même si elle n’est pas en contact direct avec lui.

Nous travaillons avec des laboratoires, des établissements de santé, des professionnels de santé mais nous travaillons beaucoup avec les associations de patients. Ils sont représentés au conseil d’orientation de l’Agence – c’est, en quelque sorte, le comité d’éthique de l’Agence – ils nous aident à avancer sur un certain nombre de sujets. Ainsi, quand nous avons changé en février 2015 les règles de la répartition des organes, s’agissant du rein, nous avons travaillé étroitement avec les professionnels de santé mais aussi avec les associa- tions. De la même façon, actuellement, nous mettons en œuvre un programme dénommé Maastrich-3 qui permet de prélever un organe sur un donneur décédé par arrêt cardiaque suite à l’arrêt des thérapeutiques actives dans le cadre de la Loi Léonetti. Un protocole extrême- ment rigoureux a été élaboré pour assurer le respect de l’éthique ; il est actuellement dans sa phase pilote. Et, bien évidemment, ce protocole a été discuté également avec les associations et les professionnels.

Chaque année, nous avons une journée des associations. C’est l’occasion de discuter de leurs préoccupations et de la manière de travailler avec elles. Ce sont des associations nationales avec des ramifications locales. L’un des principes de l’Agence est le travail avec les acteurs de terrain qui ont une véritable proximité. Nous devons être présents sur l’ensemble du territoire... Nous ne sommes jamais coupés des patients !!!

L’Agence reste un organisme administratif. En quoi et comment peut-elle jouer un rôle opérationnel ?

L’Agence de la biomédecine est une agence statutaire un peu particulière ! À côté du rôle classique d’encadrement et d’évaluation d’une agence sanitaire, c’est aussi une agence opérationnelle, situation héritée de l’époque de l'Établissement français des Greffes. Pour l’activité organes, l’Agence dispose d’une plateforme de répartition des greffons qui travaille 24 h / 24, 7 jours sur 7, qui va ainsi pouvoir répartir les greffons aux patients sur l’ensemble du territoire en temps continu car on ne peut pas se permettre, en matière de greffes d’organes, de perdre du temps. Les services territoriaux de régulation ont des astreintes : nous sommes bien dans cette logique du 24 / 24 et 7 / 7. Nous ne devons prendre aucun risque de perdre un greffon. Un greffon, c’est un bien rare, un bien précieux ! C’est une action phare de l’Agence de la biomédecine.

Nous gérons aussi la liste nationale d’attente pour les greffes d’organes et le Registre national des refus. De même, via le registre France Greffes de Moelle, nous permettons au greffeur de trouver un donneur compatible pour des malades ayant besoin d’une greffe de moelle osseuse. Comme vous le voyez, nous avons de nombreuses fonctions opérationnelles. Elles sont très importantes et mobilisent beaucoup l’Agence et ce, dans des cadres extrêmement contraignants.

La stratégie de « performance » prônée par l’Agence n’est-elle pas un peu choquante ?

Il n’y a pas de stratégie de « performance ». La stratégie qui a été définie par les pouvoirs publics c’est d’essayer de développer l’activité face à des besoins très importants. Nous devons répondre à cette attente. C’est un impératif. Nous devons aider les gens, trouver des réponses à leurs besoins, sauver des vies, et même, pour l’assistance médicale à la procréation, aider des couples à donner la vie ! Nous devons donner un espoir à des gens qui sont dans des situations de souffrance. Mais attention ! Même pour développer l’activité, il est hors de question de renoncer aux exigences qui sont les nôtres : exigences de sécurité et de qualité des soins, d’éthique et d’équité. Ce sont ces valeurs qui nous définissent. Cela fait partie de notre identité. Nous y sommes extrêmement attachés. L’Agence de la biomédecine a été créée par la loi de bioéthique du 6 août 2004. Nous sommes extrêmement vigilants dans nos activités et nous ne renoncerons pas à ces principes. La force de l’Agence est de pouvoir créer la confiance qui permet de développer l’activité, de nouer des relations avec les professionnels et les parties prenantes sans rien perdre sur ce qui est fondamental : sécurité, éthique et équité. Pardonnez-moi de me répéter... (rires)

Le terme performance n’est qu’un terme administratif qui apparaît dans le « Contrat d’objectifs et de performances » signé par l’Agence avec sa tutelle, la direction générale de la santé, mais qui ne résume pas, à lui seul, la stratégie de l’Agence. Nous travaillons dans le cadre d’une relation avec les tutelles pour définir l’adéquation entre les moyens mis à la disposition de l’Agence et des actions qu’elle engage. C’est un contrat avec la tutelle pour la définition des priorités et les moyens qui y correspondent.

Entre deux malades de mêmes caractéristiques, comment choisir ?

Les règles de répartition des organes constituent un problème très difficile. Comme le nombre de greffons est insuffisant, il faut faire des choix et organiser des priorités : priorités nationales d’abord pour des gens hyperimmunisés pour qui il est très difficile de trouver un greffon compatible ; priorité pour les enfants, pour les gens s’il y a risque de mort prochaine... Ensuite, suivant les types d’organes, les règles sont différentes avec toujours le même objectif : essayer de définir des critères qui assurent que l’organe aille à la personne qui en a le plus besoin avec des impératifs d’efficacité, d’équité et de faisabilité. Enfin, le dernier critère, c’est la course contre le temps ; si on attend trop, on perd l’organe ! On est obligé de prendre en compte la distance géographique entre le donneur et le receveur. Quoi qu’il en soit, les règles de répartition des organes constituent un problème très difficile. Prenons l’exemple du rein. Nous venons de mettre en place un nouveau « Score » qui est un ensemble des critères qui permettent de désigner le receveur. De nombreuses données y sont intégrées comme la durée sur la liste d’attente, la compatibilité entre le donneur et le receveur ; on tient compte de l’âge, on fait en sorte, que les organes jeunes aillent plutôt vers les receveurs jeunes. C’est un ensemble de critères que l’on va faire « tourner » dans un algorithme qui va permettre d’attribuer l’organe. Le système de répartition des organes a été « travaillé » avec les professionnels les plus compétents. C’est un système objectif, transparent, public.

C’est là la force de l’Agence d’avoir construit et mis en place un tel système de répartition. C’est ainsi que se construit la confiance dans le système. Mais attention, cette confiance est toujours fragile. Dans certains pays, il a pu y avoir de « petits arrangements ». Que se passe- t-il alors ? C’est simple : la confiance s’effondre, le nombre de dons s’effondre, le prélèvement s’effondre et donc, la greffe s’effondre. Il faut donc un système qui soit solide et transparent.

Aujourd’hui, l’Agence est chargée de nouvelles activités. Pouvez-vous nous parler, au concret, de chacune d’elles : la procréation, la génétique, l’embryologie humaines ?...

Lors de la création de l’Agence de la biomédecine, des activités nouvelles ont été ajoutées aux missions traditionnelles de l'Établissement Français des Greffes. Ce sont, comme vous le savez : la procréation médicale, la génétique et l’embryologie humaines... D’abord, l’assistance médicale à la procréation qui s’adresse à des couples pour lesquels une infertilité médicale a été diagnostiquée ou qui risque de transmettre à leurs enfants une maladie grave. Dans la majorité des cas, on peut utiliser les gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes) du couple pour leur permettre d’avoir un enfant. Dans des cas plus limités, il faut faire appel à un don, de spermatozoïdes ou d’ovocytes... En France, environ 24 000 enfants naissent chaque année grâce à l’Assistance Médicale à la Procréation (ou PMA pour le grand public). Depuis la création de l’Agence, il y a dix ans, près de 200 000 enfants sont nés dans ce cadre. C’est pourquoi l’Agence organise régulièrement des campagnes d’information et de recrutement pour sensibiliser la population au don de gamètes et donner aux couples le bonheur de devenir parents.

Dessin_Jice_grand_dossier_152.pngDans le cas d’un couple qui risque de transmettre à ses enfants une maladie particulièrement grave et/ ou incurable au moment du diagnostic – comme par exemple, la maladie de Huntington* – le diagnostic préimplantatoire peut être proposé par les médecins. Il permet d’identifier parmi des embryons du couple obtenus in vitro, celui ou ceux qui sont indemnes de la maladie pour les implanter chez la mère en vue d’une grossesse. Lors du déroulement de la grossesse, les examens de diagnostic prénatal sont susceptibles de confirmer une pathologie pour laquelle un traitement in utero est envisageable : maladies cardiaques, maladie rénale par exemple... Ils peuvent également confirmer une affection particulièrement grave, incurable au moment du diagnostic, autorisant l’interruption de la grossesse pour un motif médical si les couples le souhaitent.

D’une manière plus générale, la prescription d’un examen génétique permet de vérifier si vous avez une maladie génétique ou si vous êtes le porteur sain d’une maladie génétique. C’est une information importante pour vous mais aussi pour vos proches. Des membres de votre famille peuvent être porteurs des mêmes anomalies génétiques ; l’information de la parentèle revêt aussi une importance considérable... On le comprend, ces examens génétiques sont extrêmement importants ! Et, soulignons-le bien, en France, les tests génétiques reposent sur une prescription médicale après consultation et un accompagnement.

Quelles sont les différences entre génétique constitutionnelle et génétique humaine ?

L’activité de génétique humaine couvre la génétique constitutionnelle ; ce sont les caractéristiques génétiques dont vous avez hérité et que vous allez transmettre à votre descendance. La génétique somatique c’est la génétique des tumeurs.

Ne commençons-nous pas à nous rapprocher de l'eugénisme ?

Il n’y a pas d’eugénisme en France, l’eugénisme est interdit par la Loi ! Il s’agit d’offrir à des couples la liberté de choisir face à des pathologies incurables et extrêmement graves. C’est leur liberté ; c’est quelque chose qui leur est proposé, qui ne leur est jamais imposé ! Il peut s’agir d’une interruption médicale de grossesse mais aussi d’une intervention dans le ventre de la mère pour soigner la maladie diagnostiquée sur le fœtus. Au moment de la naissance, un accompagnement néonatal peut permettre de favoriser une prise en charge adaptée de l’enfant. Mais, là encore, c’est toujours la liberté du couple qui prévaut. Et l’information et l’accompagnement qu’on lui donne sont ciblés et identifiés. Il faut rassurer : il n’y a pas la moindre dérive eugénique en France. On est dans un système encadré par le législateur, extrêmement rigoureux et qui s'appuie sur l’éthique.

Pouvons-nous maintenant parler de l’embryologie ?

Précisons d’emblée que la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires humaines ne peut avoir qu’une finalité médicale, qu’on en attend des progrès médicaux importants et qu’il faut avoir vérifié qu’il n’y avait pas d’alternative à ce mode de recherche. Elle implique, et c’est la première priorité, que le couple ayant conçu l’embryon dans le cadre d’une assistance médicale à la procréation et n’ayant plus de projet parental pour cet embryon ait consenti à la recherche. Et, je ne vous surprendrai pas : la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires humaine est encadrée de façon très stricte avec des exigences éthiques extrêmement fortes. Au plan scientifique et médical, ces recherches sont susceptibles de donner un espoir à beaucoup de malades pour des pathologies très lourdes, invalidantes voire fatales. Pour certains projets, nous en sommes à la phase des essais cliniques. C’est le cas des travaux du Pr Philippe Ménasché pour mettre en œuvre une thérapie cellulaire contre l’insuffisance cardiaque sévère...

Comment l’Agence délivre-t-elle ses autorisations ?

La procédure pour les autorisations sur les recherches sur les embryons et les cellules souches embryonnaires est extrêmement exigeante. Une expertise est réalisée par des experts indépendants qui vont vérifier s’il y a bien une finalité médicale dans cette recherche et que les conditions légales sont réunies. Le dossier passera ensuite devant le Conseil d’Orientation de l’Agence – qui est le comité éthique – qui réunit des associations, des professionnels de santé, des membres du Conseil d'État, de la Cour de Cassation, du Comité Consultatif National d’Éthique, de la commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme. Tous ces représentants vont émettre un avis éthique et scientifique sur cette recherche. Cet avis me sera remis en tant que directrice générale et je prendrai la décision finale.

Pour autant, certains de ces travaux ne risquent- ils pas d’ouvrir la boite de Pandore ?

Non, je ne le pense pas. Nous sommes très vigilants et avons la volonté de « tuer dans l’œuf » toutes dérives possibles ; les équipes de recherches concernées sont peu nombreuses mais très impliquées et conscientes des enjeux, y compris éthiques, de leurs recherches. Pour ce qui nous concerne, notre préoccupation générale est de créer des conditions pour apporter les meilleurs soins possibles à ceux qui en ont besoin avec des conditions d’encadrement extrêmement rigoureuses dans chacune de nos activités. Nous recevons souvent des demandes d’audition de l’Office Parlementaire d'Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques*. Auditions auxquelles nous répondons toujours immédiatement. Grâce à cette vigilance de tous, nous espérons bien ne jamais renouveler la sottise de Pandore. (rires)

Est-ce que les Français sont suffisamment informés ?

Bien évidemment, ils peuvent toujours l’être plus, notamment dans des domaines nouveaux. C’est dans cet esprit, par exemple, que nous avons ouvert en 2014 un site Internet d’information sur la génétique médicale. Nous nous efforçons d’informer les gens autant que possible ; au même titre que les professionnels, le Parlement, les médias et les associations. Ce sont des sujets sensibles qui font naître autant de fantasmes que d’inquiétudes. Il est nécessaire d’apporter des réponses aux questions que certains se posent.

Les rapports remis au Parlement et au Gouver- nement constituent-ils les outils nécessaires et suffisants dont vous avez besoin ?

Ce sont des outils nécessaires. L’une des fonctions de l’Agence est d’éclairer le Parlement et le Gouvernement... Beaucoup de sujets éthiques peuvent apparaître au fur et à mesure du temps : nous avons un devoir d’anticipation. Nous devons donner au Parlement et au Gouvernement les informations qui leur permettent de comprendre ce qui est en train de se passer et de prendre la décision qui s’impose... C’est toujours leur décision ; on n’a pas à se substituer au législateur, au pouvoir réglementaire. Nous sommes très attachés au dialogue avec notre tutelle et au législateur et, comme je vous le disais il y a un instant, nous sommes toujours en liens étroits avec l’OPECST.

Enfin, je souligne – même si c’est une évidence – que nous rendons des comptes sur chacune de nos activités. Nous travaillons de façon étroite avec le Parlement, les professionnels de santé, les associations, les médias... Tous les ans, nous rendons public notre rapport d’activité et sommes auditionnés par le Parlement. Cela donne lieu à des échanges extrêmement ouverts sur des sujets sensibles qui doivent être partagés par toute la société.

Qu’avez-vous envie de dire, d’expliquer, aux hospitaliers : directeurs, médecins, salariés ?

J’ai envie de leur dire que toutes les activités que nous gérons constituent de très belles chaînes de solidarité. Chacun en forme un maillon, nous avons besoin de chacun d’eux. Cela vaut de même pour les équipes de l’Agence. Nous avons tous les mêmes objectifs.

Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

Mais, je ne suis pas mise en examen (rires) sauf peut- être par votre revue ! Quoi qu’il en soit, nous ne sommes nullement en position défensive. Une bonne analyse de notre bilan vous permettra de répondre parfaitement à cette dernière question... L’Agence travaille bien, l’éthique y est rigoureuse, la volonté de tous les acteurs d’agir de manière irréprochable est évidente. J’espère que cela continuera ainsi pendant longtemps.

Reportage de Marc Guillochon