Depuis début mars, diverses données et études plaident pour une augmentation importante du risque de thrombose veineuse associé à l’infection par SARS-CoV-2 à l’origine notamment d’Embolies Pulmonaires (EP), potentiellement mortelles. La même constatation est observée en France depuis le 26 février avec le 1er décès par EP fatale d’un patient français infecté. Sur le terrain, toutes les équipes médicales sont sollicitées quotidiennement pour des problématiques de thromboses veineuses chez les patients atteints de COVID-19. Ces thromboses surviennent malgré le traitement préventif par anticoagulant prescrit chez tout patient hospitalisé qui semble utile mais pas suffisant. La fréquence des thromboses est estimée à 10% chez les patients hospitalisés et peut représenter jusqu’à 40% des patients en réanimation alors qu’elle est inconnue chez les patients non hospitalisés. Il est démontré que des thromboses diffuses des vaisseaux des poumons des patients COVID-19 impactent clairement leur pronostic en multipliant le risque de décès par 5. Ainsi, des thromboses expliqueraient la sévérité du pronostic des patients les plus graves.

Le risque existe chez non seulement les patients hospitalisés mais également les patients non hospitalisés. Chez ces derniers, en cas d’aggravation soudaine de l’état respiratoire, d’essoufflement persistant malgré l’évolution favorable du COVID-19, il est important de rechercher une embolie pulmonaire. Pour aider les médecins de ville, des propositions de prises en charge ont été publiées par la Société Française de Médecine Vasculaire. Il est proposé d’introduire un traitement anticoagulant préventif des thromboses par anticoagulant chez certains patients à risque de thrombose, tels que ceux alités de manière prolongée et qui ont de surcroit un âge > 70 ans, une obésité ou un antécédent de thrombose, de cancer ou de chirurgie récente. Pour les patients hospitalisés, de manière empirique, de nombreux pays se sont positionnés pour proposer une augmentation des doses d’anticoagulant sans preuve du bénéfice ni de confirmation de l’innocuité de cette augmentation de dose en termes de risque de saignement.

La question de la dose de traitement anticoagulant fait l’objet actuellement d’une controverse mondiale au sein de la communauté médicale et scientifique. Il est admis qu’une hospitalisation expose, de fait, à des risques accrus de thrombose car la position couchée à long terme altère la fluidité sanguine et nécessite l’administration systématique d’une dose minime d’anticoagulant. En revanche, pour prévenir ces risques chez les patient(e)s atteints de Covid-19, les doses administrées l’ont parfois été de façon exponentielle (à hauteur de la prise en charge d’une embolie pulmonaire) accentuant ainsi les complications de saignements. A l’heure actuelle, sans consensus mondial sur la thématique, la prise en charge des thromboses chez les patient(e)s atteint(e)s de Covid-19 nécessite donc des recommandations basées sur des preuves scientifiques. D’où l’importance et l’urgence de mettre en place une étude pour évaluer le bénéfice en termes d’efficacité et de tolérance d’une augmentation de la dose d’anticoagulant chez les patients COVID-19 hospitalisés.

Coordonnée par le Pr Stéphane Zuily du service de médecine vasculaire, l’étude COVI-DOSE sera la première du genre en France à répondre à cette question cruciale. Elle intègre 14 centres investigateurs – 7 dans le Grand Est (Nancy, Strasbourg, Metz-Thionville, Besançon, Dijon et les CH de Colmar et Mulhouse en première ligne dans la pandémie) et 7 à l’extérieur de l’interrégion (Marseille, Montpellier, Toulouse, St Etienne, Brest, Amiens et l’Hôpital européen Georges Pompidou à Paris). Elle s’appuie sur deux réseaux internationaux de recherche d’excellence: INNOVTE (https://www.innovte-thrombosisnetwork.eu/fr/reseau-innovte) et INI-CRCT (https://www.inicrct.org/) dans le cadre du réseau français de recherche clinique F-CRIN (https://www.fcrin.org/propos-de-f-crin/projet-f-crin).

Le protocole va comparer un groupe de patient(e)s bénéficiant d’une dose habituelle d’anticoagulant, à un autre groupe bénéficiant d’une dose plus élevée et proportionnée au poids de chacun(e). L’objectif est de prouver une meilleure efficacité de cette deuxième prise en charge, permettant de diminuer le risque de thrombose chez les patient(e)s atteints du Covid-19, tout en s’assurant que le traitement ne les fait pas plus saigner. Pour mener à bien l’étude COVI-DOSE, il faudra recruter 600 patient(e)s volontaires hospitalisé(e)s pour COVID-19 (en secteur médical conventionnel ou en réanimation / soins intensifs). Sont concernés des hommes et des femmes, à partir de 18 ans, qui, après leur consentement de participation à l’étude, seront tirés au sort pour déterminer la dose d’anticoagulant qu’ils recevront (habituelle, ou plus élevée et proportionnée au poids) pendant leur séjour hospitalier.

Le COVID-19 contraint les médecins à répondre à de nombreux défis dont celui de réduire le risque majeur de thrombose veineuse de ces patients fragiles.

Contact : Laurence Verger : 0689757769