ANAP :

Nous ne sommes pas partis de rien

 

Entretien avec

Christian Anastasy
directeur général de l’ANAP

« Nous ne sommes pas partis de rien », explique Christian Anastasy. De fait, l’Administration toujours prompte à créer de nouvelles structures en fonction des besoins du moment a, cette fois, fusionné trois entités administratives qui en 20091 sont devenus l’ANAP, Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux. L’ANAP est un Groupement d’Intérêt Public (GIP). Il est financé par l’Assurance maladie et par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA).

Les éléments de base étaient de natures différentes : les systèmes d’information hospitaliers (GMSIH2), les investissements immobiliers (MAINH3) et enfin les chantiers organisationnels (MEAH4). Tous les trois avaient été la réponse à des actions ponctuelles avant de se pérenniser au fil des besoins. « La force des choses » comme le disait Saint Just. Si l’on ne pouvait reprocher à ces trois structures de se « doublonner », leur mode de fonctionnement demeurait « artisanal » s’agissant de l’organisation.

Avec l’ANAP, explique Christian Anastasy, « Nous sommes passés de l’artisanat à l’industrie ; de la performance à l’échelle d’un établissement à la performance globale de tout le système de santé. Nous passons également d’une organisation de type vertical à une organisation de type horizontal. L’ANAP manage l’ensemble des compétences et des ressources dont elle dispose. Les interactions sont des évidences : comment, par exemple, peut-on parler d’organisation sans système d’information, ou de système d’information sans organisation ? Tous ces éléments sont étroitement liés, imbriqués ! »

 

ACTIVITE A LARGE spectre

Le système d’information HospiDiag

On le voit, l’arrêté du 16 octobre 2009 (cf encadré) ouvre un très large spectre d’activités... Il était donc légitime de disposer d’un outil de connaissance puissant et adapté à tous les établissements sanitaires. L’une des volontés premières de l’ANAP a été la constitution d’une base de données, réalisée en collaboration avec nos partenaires comme l’ATIH, la HAS, le Ministère et l’IGAS et avec le soutien des fédérations. « Les hôpitaux devaient pouvoir se comparer facilement entre eux. C’est fondamental. Tous les indicateurs sont pris en compte : activités, qualité, finances, RH, organisation... C’est un support de dialogue entre les ARS et les établissements comme à l’intérieur de chaque établissement. »

 

Christian Anastasy23 projets

Les Projets performance de l’ANAP, ce sont 23 projets en voie d’achèvement. Ils correspondent à 10 % des lits MCO et 2 500 professionnels mobilisés. Pour l’exercice 2012, le projet a absorbé 12,3 M€ soit plus d’un tiers des ressources de l’ANAP. « Cependant, le plus important – Christian Anastasy le répétera à plusieurs reprises dans l’interview – c’est l’impact pour les patients. La performance c’est, par exemple, la réduction de l’attente du patient ; le développement de la chirurgie ambulatoire ou encore la diminution du nombre des gardes assurées par les médecins. » La philosophie – très opérationnelle – c’est mobiliser les acteurs avec pour objectif des améliorations significatives. Bien évidemment, personne n’oublie l’impact financier. La performance n’est pas que financière, mais elle n’en reste pas moins fondamentale.

 

Identifier-Définir-Réaliser

Trois objectifs fondamentaux sont clairement définis : la qualité de prise en charge du patient, la recherche de bonnes conditions de travail et une volonté constante d’une efficience globale de l’organisation. Ce qui exige des méthodes et de la méthode. La première phase permet l’identification des pistes d’amélioration. Sa durée est de l’ordre de 6 mois. Durant cette phase, l’initiation concomitante de chantiers pilotes a vocation à mettre en oeuvre concrètement sur un périmètre restreint mais significatif la démarche de transformation d’ensemble de l’établissement. Après 6 mois, la feuille de route fait l’objet d’un contrat tripartite (Établissement/ARS/ ANAP) qui engage chacune des parties sur les 18 mois suivants. Ensuite, c’est la phase de mise en oeuvre des chantiers opérationnels qui s’enclenche sur le terrain. « Pour l’ANAP, la performance, c’est d’aider les acteurs hospitaliers à travailler ensemble. La dimension psychologique est aussi un paramètre qu’on ne doit pas occulter » rappelle Christian Anastasy.

 

INITIATIVE : Hôpital

Tripartite

On raisonne en termes de contrat ; c’est le maître mot. Le contrat est nécessairement tripartite : Hôpital, ARS et ANAP. « Il n’y a pas un acteur plus important qu’un autre. Tous doivent obligatoirement s’entendre, le consensus est une des conditions sine qua non de la réussite. Ils n’ont pas le choix. » Il ne s’agit pas d’une addition des trois institutions mais d’une juxtaposition des compétences. En revanche, le directeur général insiste bien : « Le rôle de l’ANAP n’est pas de distribuer des subventions. Le budget de l’ANAP finance la mise en oeuvre des projets approuvés par son Conseil d’administration. Notre objectif c’est d’améliorer l’organisation des établissements sanitaires et médico-sociaux ! Rien de moins, rien de plus. »

 

Favoriser la performance

La légitimité de l’ANAP ne s’appuie pas seulement sur son statut de GIP. La légitimité de l’ANAP s’appuie aussi sur la réalité du terrain, la qualité de l’expertise et la crédibilité des acteurs. On retrouve de manière itérative les expressions de : capitalisation des expériences et du savoir-faire, capitalisation et diffusion du savoir, retour d’expérience. La volonté pédagogique est permanente. Favoriser la performance, c’est apprendre à bien s’organiser. Ce qui est valide dans la vie de tous les jours vaut aussi pour les hôpitaux. Mais, l’échelle n’est plus la même. « Notre champ d’action, c’est d’aider les hôpitaux à s’organiser de manière rationnelle et efficace. Il s’agit de favoriser les conditions de la performance et non de l’imposer. Les normes et référentiels sont nos outils ; ils sont indispensables. Mais ils ne sont pas capables, à eux seuls, d’activer le moteur du changement. » dit Christian Anastasy qui rappelle aussi que « La désorganisation est une charge très lourde pour un établissement ; on estime qu’elle peut aller jusqu’à 25 % des coûts ! ! ! »

 

Dessin ANAPMoniteur d’auto-école

Feuille de route

À la question posée à Christian Anastasy, « qu’est-ce qui est important, pour vous, en tant que directeur général ? », Il répond brièvement : « Je veille au respect de la feuille de route. » Et puis, la passion s’allume, il devient progressivement plus prolixe et il finit même par révéler avec un sourire : « Dans notre organisation, c’est moi qui suis le plus heureux. L’ANAP joue un rôle de petit frère qui s’efforce d’aider son frère aîné. C’est un rôle de moniteur d’auto-école. Ce n’est pas moi qui conduis la voiture mais mes compétences spécifiques me permettent de conseiller le conducteur... »

 

Ondam5

Il n’y a pas d’hôpitaux qui fonctionnent mal ; il y a des hôpitaux qui présentent des défauts dans l’organisation... Améliorer la performance n’est pas un exercice de style. « Les bonnes intentions et la bonne volonté ne sont pas suffisantes ; il faut des méthodes et une organisation. L’ANAP a réalisé une « boîte à outils » et des méthodes de travail validées sur le terrain. Pour autant, si normes et référentiels sont indispensables, ils ne suffisent pas ; les changements nécessaires doivent être déterminants et la mobilisation des acteurs est l’élément clé. » Et, dit le directeur général en souriant : « sans clé, on ne peut ouvrir la porte. Toujours une question d’organisation... » Mais il souligne aussi avec force « La croissance de l’ONDAM5 est supérieure à la croissance du pays. C’est un élément qui mérite réflexion. L’organisation n’est pas un choix mais une obligation vitale ! »

 

Maïeutique de la transformation

Résultat 100 %

« Tous les projets ne peuvent pas réussir à 100 %. Mais, il y a toujours un résultat. Sans jouer sur les mots, 100 % des établissements accompagnés par l’ANAP ont amélioré leurs résultats ! » Le directeur général est tranchant mais aussi et, surtout, convaincu. Méthode Coué, l’interroge-t-on ? Non, réfute instantanément Christian Anastasy dans un grand sourire : « Pas du tout, c’est de la maïeutique, rien à voir avec la méthode Coué ! Il s’agit de mobiliser ce qu’il y a de meilleur. Il faut aller voir les acteurs qui font de belles choses. Ce qui intéresse, c’est ce qui marche. L’objectif est de montrer ce que l’on voit, ce qui se fait de mieux. »

 

Belles choses

Ce qui ne veut pas dire que la démarche se limite à l’acte de foi. Les éléments fondamentaux de l’ANAP sont : le Savoir, la Maîtrise et l’Organisation. L’ANAP, c’est aussi le triptyque : définition, test et résultats. La démarche est quasi Poppérienne6. L’ANAP aide les hospitaliers à construire leur projet. Ce peut être avec des gens du même niveau socioprofessionnel ; ce peut être aussi avec des gens différents. Mais, dans tous les cas, il faut de la rigueur, il faut des outils, il faut de la méthode ce qui évite que certains dossiers partent dans tous les sens. L’objectif de Christian Anastasy c’est de « susciter beaucoup de projets et de rendre les gens heureux. » Qu’on ne s’y trompe pas, le directeur de l’ANAP n’est ni un doux rêveur ou un « baba cool » bien au contraire. Mais sa tactique est claire, il le répète comme pour s’assurer que tout le monde a bien compris : « Je veux montrer le positif, aller voir ce qu’il y a de mieux pour aller plus loin. Les échecs ne m’intéressent pas », tranche-t-il !

 

L'ANAP, tout le monde connaît

Un tiers des établissements

Institution jeune (4 ans), l’ANAP n’est pas encore connue ni par tous ni partout. Christian Anastasy éclate de rire : « L’ANAP, tout le monde connaît » avant de pondérer son enthousiasme de manière plus objective : « Sur 3 000 établissements hospitaliers j’évalue, très grossièrement, le taux de notoriété de l’ANAP à : 80 % chez les directeurs, 50 % chez les soignants et 30 % chez les médecins. En 4 ans, on peut considérer qu’environ 1/3 des établissements ont été mobilisés par l’ANAP. Il faut cependant pondérer en fonction de l’importance et du type de projet... »

 

Christian Anastasy 2

 

Belles histoires

Le site Internet est aussi un autre élément de notoriété. Les chiffres sont impressionnants : 30 000 visites par mois, 240 000 pages vues et près de 90 000 téléchargements. « C’est aussi un outil de dialogue et de gestion » ajoute le directeur général qui en oublie d’évoquer l’importance de la production documentaire de l’ANAP. En 2012 : 32 guides pratiques, outils, documents pédagogiques, retours d’expérience ont été diffusés. Mais c’est tout de même la qualité et l’intérêt des documents qui sont importants. Ils sont bien présentés, agréables à feuilleter et à lire avec une pointe d’humour, dont on soupçonne volontiers Christian Anastasy, avec par exemple la brochure « 12 belles histoires. » Que ceux qui pensent que DH fait de la pub. peuvent prendre connaissance de ces documents tous disponibles sur le site7. Avec classe, l’ANAP a aussi su se donner les moyens de sa communication !

 

« Il faut se garder de voir dans cette « boîte à outils » [de l’ANAP] un arsenal magique capable à lui seul de régler l’ensemble des problèmes qui peuvent se poser dans un établissement. La valeur d’un outil réside dans son usage : utilisé à propos, il aura des vertus positives, détourné de son usage, il sera plus dangereux qu’utile. »

(Christian Anastasy, Directeur général de l’ANAP, Rapport d’activité 2012)

« L'ANAP a pour objet d'aider les établissements de santé, les établissements et services médico-sociaux à améliorer le service rendu aux patients et aux usagers, en élaborant et en diffusant des recommandations et des outils dont elle assure le suivi et la mise en oeuvre, leur permettant de moderniser leur gestion, d'optimiser leur patrimoine immobilier et de suivre et d'accroître leur performance, afin de maîtriser leurs dépenses. » (Arrêté du 16 octobre 2009 portant approbation de la convention constitutive du groupement d'intérêt public « Agence nationale d'appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux », article 2, JO du 23 oct.)

7 Plus d'info : www.anap.fr

 

1 - L’ANAP a été instituée par la loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires. Elle a été créée le 23 octobre 2009 par la publication au journal officiel de l’arrêté de sa convention

2 - GMSIH - Groupement pour la modernisation du système d'information hospitalier (Groupement d’Intérêt Public - 2000)

3 - MAINH - Mission nationale d’Appui à l'INvestissement Hospitalier (arrêté du 27 mars 2003)

4 - MeaH - Mission nationale d’expertise et d’audit hospitaliers (Plan Hôpital 2007)

5 - ONDAM - Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie

6 - Karl Popper (1902-1994). Voir en particulier Conjecture et réfutation